La famille Dehaynin, grands industriels du XIXe siècle,

à Eaubonne et Enghien



Quelques Eaubonnais connaissent le nom de cette famille : une place porte le nom de Dehaynin, située au bout de la rue de la mairie, à l'ombre des chênes et des platanes séculaires du parc de la Chesnaie ; un vitrail de l'église Sainte-Marie porte également le nom de Mme. Dehaynin qui l'offrit à la paroisse en 1877 (l'inscription réelle est MDDCCLXXVI !). Ceux qui se sont intéressés à l'histoire du patrimoine d'Eaubonne savent que Gabriel Dehaynin a été propriétaire du Château de la Chesnaie et les habitants d'Enghien-les-bains savent que Charles Dehaynin a été maire de leur ville de 1865 à 1870 et qu'il a donné les prénoms de ses enfants Charles et Louis à deux rues de sa commune. Les parisiens connaissent également la rue Euryale Dehaynin qui donne sur le bassin de la Villette. Ces marques d'honneur vis à vis des Dehaynin par leurs contemporains justifient notre intérêt pour leur action dans notre région.

Le charbon au cœur de la vie industrielle du XIXe siécle

La sidérurgie, l'utilisation de la machine à vapeur, le développement des transports ferroviaires et l'éclairage au gaz sont les grands développements industriels de ce siècle. Le coke s'avère le produit de transformation de la houille indispensable car il peut être stocké sans danger et a un pouvoir calorifique plus élevé que la houille. Il est obtenu par la distillation en vase clos de celle-ci. Ce procédé génère en même temps du gaz de houille, exploité pour l'éclairage et le chauffage urbain, et des goudrons qui servent à l'obtention de nombreux produits chimiques. La famille Dehaynin va exploiter magistralement toutes les étapes de cette transformation de la houille.

Une famille venue du nord

La branche maîtresse de la famille Dehaynin venue en Île de France était, au XVIIIe siècle, implantée à Valencienne. Tous ses membres exerçaient alors la profession de tanneurs.

Charles Jean Baptiste Félix Dehaynin
, né en 1793 et mort à Cannes en février 1874, épouse en 1812 Catherine Jean1, quitte Valencienne pour s'installer à Paris et se lance dans l'industrie du charbon qui est au cœur de la vie industrielle du XIXe siècle. Il deviendra le patriarche d'une grande famille d'industriels.
Il semble qu'il a démarré en créant une entreprise de transports fluviaux, puis devint industriel de la métallurgie et entrepreneur de travaux publics.

Il est maire d'Enghien-les-bains de 1865 à 1870.
« Le Second Empire s'achève. A Frédéric Reiset a succédé un industriel, monsieur Dehaynin, maire de 1865 à 1670. Il possède une belle maison au cœur d'un parc proche de la rue du Temple. Nadar, le photographe aérostier, écrit, dans ses mémoires, qu'un malencontreux coup de vent l'a empêché de s'y poser en ballon, vers 1864.
« L'ouverture en 1866, de la passerelle couverte, après l'inauguration du chemin de fer de Montmorency donne une vie nouvelle à ce quartier nord.
« Sur ses terrains, Dehaynin organise un lotissement en faisant percer la rue du Chemin-de-fer (rue Gaston Israël), les rues Saint-Louis et Saint-Charles, prénoms de ses deux fils. Vers 1868, il peut faire remplacer les lanternes à huile par des réverbères à gaz. Une petite usine à gaz a été installée près de l'angle de la route de Saint-Leu et du chemin Verts.
Ref: Jean-Paul Neu, Enghien-les-bains, nouvelle histoire, Editions du Valhermeil, 1994

Ses quatre fils (dont le prénom usuel est souligné) vont être associés à ses initiatives industrielles :
Jean Baptiste Euryale, né le 10 avril 1813 à Paris 2
Félix Gabriel Célestin, né en 1815 à Paris ²
Charles Louis, né le 31 janvier 1820 à Paris ²
Félix Camille, né le 8 janvier 1822 à Paris ²


Jean-Baptiste Euryale Dehaynin
, né en 1813, épouse le 12 septembre 1835 Joséphine Louise Sallerin 3.
Il fonde la Société de Charbonnage Dehaynin Père & Fils, s'associant avec son père et son frère Gabriel. Il rachète, en 1842, un brevet pour une invention de charbon aggloméré :

« La cession enregistrée … les 12 janvier et 17 novembre 1842, faite au sieur Dehaynin (Charles-Jean-Baptiste-Félix) père, et Dehaynin (Euryale et Gabriel) fils, négociants, demeurant ensemble à Paris, rue du Faubourg-Saint-Martin, nos 188 et 190, et acceptée par M. Dehaynin père, pour le compte de la société verbale existant entre lui et ses deux fils, par M. Clavière, demeurant à Bordeaux, de ses droits pour toute la France, le département de la Gironde excepté, au brevet d'invention et de perfectionnement de quinze ans qui lui fut délivré, le 23 décembre 1830, pour une nouvelle disposition de chaudières dites boilers, vaporisant l'eau au moyen de la chaleur ordinairement perdue des fours à coke, ainsi qu'à tout brevet d'addition et de perfectionnement qui pourraient être délivrés par la suite, comme s'y rattachant. »

La société se trouvait à Paris à l'emplacement de l'actuelle rue Euryale Dehaynin et l'habitation de la famille d'Euryale, le château Landon, se trouvait à quelques centaines de mètres de là, au Nord-Est de la Gare de l'Est. Après la mort d'Euryale, sa veuve fera don à la ville de Paris d'un grand espace à proximité du bassin de la Villette, sur le quai de la Loire.


En 1851 les premières fabriques de charbon en briquettes sont exploitées par les Dehaynin père et fils à Montignies-sur-Sambre, en Belgique.


Le 11 janvier 1853, Euryale Dehaynin dépose un brevet, pour la fabrication d'un nouveau coke appelé coke-briquette, destiné à la consommation des locomotives, des hauts-fourneaux et autre usages industriels.

Euryale décède le 30 janvier1887 4, à son domicile rue de Fg. Saint-Martin, 186. La déclaration est faite par son gendre, Emile Lasson (57 ans), et son petit fils, Louis Lasson (28 ans), négociants, rue du Fg. Saint-Martin, 12.


Félix Gabriel Dehaynin, né en 1815, épouse Anne-Maris Bourgeois de Leguizé le 15 mars 1835 5 , puis, devenu veuf, Stéphanie Hartog en xxxx,.
Il dépose, le 6 avril 1852, un brevet pour un « système d'appareils qui permettent de convertir instantanément les cornues de distillation à vase clos en fours ouverts à l'air libre, et de produire alternativement et à volonté dans les cornues, soit du gaz d'éclairage et du coke de foyer, soit du gaz de chauffage et du coke de four propre à la fonderie et aux locomotives, sans le secours d'aucun extracteur ».
Il est le créateur de nombreuses usines à gaz, gérant de la Société des cinq usines à gaz du Nord, administrateur des Chemins de fer du nord, etc.



Il est élu conseiller municipal de Calais en 1876, et nommé chevalier de la légion d'honneur.
A propos de l'élection de Calais, Le Figaro, dans un article daté du 17 février 1876 écrit :
« M. Gabriel Dehaynin, le puissant industriel, vingt ou trente fois millionnaire, que tout le monde connaît, qui habite en face de l’Élysée, administrateur des Chemins de fer du Nord, recommandé par M. Léon Say... est le mieux placé qu'un autre pour aider cette ville à tirer le meilleur parti possible de sa fortune. C'est un Péreire qui tombe tout cru dans la bouche de ces braves gens. »

Le 17 août 1864 Gabriel Dehaynin achète le Château de la Chesnaie à Eaubonne (95600).
« La vente a lieu devant Sébert, notaire à Paris. Gabriel Dehaynin habite à Paris, rue des Champs Élysée, n°9.
« [Il] fit démolir la petite maison historique qu'avait habité si longtemps la comtesse d'Houdetot, et où étaient venus tant de gens célèbres.
« Après la mort de M. Gabriel Dehaynin, survenue le 27 novembre 1898, la propriété fut vendue en juin 1902, et morcelée en mai 1903. »
Ref : Armand de Vismes, Essai historique sur Eaubonne, Ed. Le Livre d'histoire-Lorisse Paris 2003

Félix Gabriel Dehaynin décède 27 novembre 1898 à Paris, rue du Fg St Honoré 6.


Charles Louis Dehaynin, né en 1820,
Aucune donnée sur son activité d'industriel.


Félix Camille, né en 1822, épouse, le 19 février 1846, Céline Marie Pierrette Durenne 7
Après avoir été employé quelques années dans une maison de commerce, il quitte Paris en 1843 pour occuper un emploi dans une mine de charbon dans l'Allier, où il devient directeur. En 1846 il revient à Paris et est associé de la maison Dehaynin père et fils. En 1849 il quitte ses associés et fonde, en 1850, une maison de commerce pour les charbons, qui devient l'une des plus importantes de Paris. Il achète à un ingénieur des mines de Saint-Etienne, M. Evrard, le brevets d'une invention relative à une machine à agglomérer les houilles menues à l'aide de brai et de goudron, fait construire cette machine et l'améliore.


En 1862 il remporte, pour cette machine, une médaille d'honneur à l'exposition universelle. Le plan en coupe ci-dessus figure dans le catalogue de l'exposition : La machine peut fonctionner jour et nuit et produit 10 000 kg de briquettes de houille agglomérée par heure.
Félix dehaynin est alors est propriétaire de deux grandes usines en Belgique, l'une à Gosselies, et l'autre à Marcinelles, où 500 ouvriers produisent à l'aide de 6 machines 160 000 tonnes de briquettes par an. Les briquettes, dont le coût est de 30 à 35% inférieur à celui de la grosse houille, deviennent alors le combustible de référence pour les locomotives et les bateaux.


En 1863 il crée, à Aubervilliers, une fabrique de produits chimiques dérivés de la houille.

Il fonde une raffinerie de sucre à Douai (Nord), ainsi que les forges et hauts-fournaux de Frouard (Meurthe).

A l'exposition de 1876 F. Dehaynin remporte une médaille d'or.

Félix Camille est élu au Conseil municipal de Paris en 1872, nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1874, et officier en 1891. Il décède en 1895.

Il semble que Félix Camille Dehaynin était propriétaire, depuis 1854, du château du Thillay à Gonesse (Seine-et-Oise) et qu'après sa mort ce château fut occupé par Charles Gabriel Léon qui y décède le 11 juillet 1907.



Les descendants de Gabriel Dehaynin s'illustrèrent également comme grands industriels :

Charles Albert Dehaynin ( 1er janvier 1841 8, + 1908 ), fils de Gabriel :

Licencié en droit. Conseiller municipal de Paris (1871-1875).
Président de la Société générale de Crédit industriel et commercial (1886-1895). Administrateur de la Compagnie des Chemins de fer du Nord, président de la Compagnie des chemins de fer de l'est algérien, président de la Compagnie des Entrepôts et magasins généraux de Paris, président de la Compagnie de chauffage par le gaz.
Membre de la Société d’Économie politique, officier de la Légion d'honneur (aout 1897)
Domicilié 3 Rue de la Faisanderie, Paris, et Villa La Chaumière, route d'Honfleur, Trouville (Calvados)
Décède le 8 juin 1908 à Paris, en son hôtel, rue de la Faisanderie.


Albert Watel Dehaynin
, gendre de Charles Albert :

Président de nombreuses sociétés incluant la Cie des Entrepôts et Magasins de Paris, la Cie Française de gaz.
En 1914 sa fortune était estimée à 800 millions de Francs. Son hôtel au 2 (ou 3?) rue de la Faisanderie fut décoré par Luc-Olivier Merson. Son fils Louis et sa belle-fille furent des collectionneurs d'art.

Jacques Rioland.

 
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