HISTOIRE GÉNÉRALE D’EAUBONNE


Le territoire d’Eaubonne est traversé par l’antique chaussée Jules César qui, venant de Lugdunum (Lyon), allait ensuite de Lutecia (Paris) à Rotomagus (Rouen) puis à Juliobona (Lillebonne) et Honfleur, au bord de la Manche, mais rien n’indique qu’il ait été habité à l’époque gallo-romaine. Jusqu’à nos jours, les recherches archéologiques d’époque gallo-romaine sur le tracé de cette voie romaine se limitent à une seule découverte fortuite, mais d’importance, faite vers 1930. Il s’agit d’une statuette en bronze figurant un Jupiter imberbe tenant de la main droite une patère et de la main gauche le foudre, place habituelle de l’aigle. Le type est assez proche de celui, bien plus fréquent, d’Hercule. Jupiter porte le foudre du même bras et selon la même pose qu’Hercule porte l’égide. Par contre, les découvertes gallo-romaines ont été beaucoup plus fructueuses dans la commune voisine d’Eaubonne, à Ermont, traversée par la même voie romaine1. Mentionnée sur la Table de Peutiger et par l’Itinéraire d’Antonin, cette voie antique, appelée aussi chemin ferré, bornait un grand nombre de paroisses. Venant de Lutecia par Catulliacum (Saint-Denis), elle passait par Enghien (chemin du Digne-Chien), après les marais de Soisy, Eaubonne (sentier des Callais). Avant Pontoise, elle traversait les sites antiques d’Ermont et de Taverny, le bois de Beauchamp, puis frôlait le cimetière gaulois de Pierrelaye, arrivait à Saint-Ouen-l’Aumône, en face de l’abbaye Saint-Martin de Pontoise où l’on devait franchir l’Oise sur un gué pour rejoindre Briva Isarae (Pontoise). La chaussée Jules César était dallée dans les agglomérations, comme l’ont montré les sondages archéologiques à Taverny ou à Pierrelaye. Les fouilles archéologiques récentes, en Vexin Français, ont daté son utilisation entre le premier quart du Ier siècle et le IIIe siècle de notre ère2.


Son nom est mentionné pour la première fois en 635 : dans une charte de Dagobert, datée de Clichy, du 1er août, le roi donne à l’abbaye de Saint-Denis son domaine d’Eaubonne : « …donamus ad monasterium sancti dionysii… villam quae vocatur Aquaputa, sita in pago parisiaco… », c’est-à-dire : « nous donnons au monastère de Saint-Denis notre domaine appelé Eaubonne »3.

En 1095, on trouve un certain Wido (Guy) de Aquaputa qui apparaît pour la première fois comme témoin de Bouchard IV de Montmorency4, au nombre de ses chevaliers, entre 1081 et le 1er mai 1095, dans une donation de l’autel de Sainte-Opportune de Moussy-le-Neuf (Seine et Marne), au prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris5, par Aubert de Moussy en présence du comte Gui de Rochefort6.

En 1160, un Radulphus (Raoul) de Aqua puta, miles (chevalier) est mentionné dans le cartulaire de Notre-Dame de Paris7. Vers 1180, le toponyme devient Aqua bona. Bouchard IV de Montmorency, autorise en faveur des chanoines de l’abbaye Saint-Victor de Paris, le droit de la dîme d’Eaubonne que leur engage Eustachie, dame d’Eaubonne (Eustachia de Aquabona), du consentement de Jean, Pierre et Mathieu, ses enfants, et de Mathieu de l’Isle (Adam), son frère8.

On trouve ensuite le nom francisé en Yeauebone, à l’occasion de la charte de Philippe le Bel de 1293, qui énumère les paroisses composant la châtellenie de Montmorency9.


Le difficile rapport à l’eau


La relation à l’eau, impliquée par le toponyme Eaubonne, a fait l’objet de controverses et mérite qu’on s’y attarde quelques instants.

De nombreux ruisseaux irriguent le village10. Les deux principaux sont :

- Le ruisseau de Montlignon (suite du ru de Corbon), qui le traverse du nord au sud jusqu’au centre d’Eaubonne, où il s’incurve pour suivre un parcours d’ouest en est, en longeant l’actuelle rue d’Enghien, puis le Champ de Courses. Il fait sa jonction avec le ru du grand Grill pour se jeter dans le petit lac nord d’Enghien.

- Le ru du Grand Gril, qui commence sur le territoire d’Eaubonne à la jonction des ruisseaux d’Ermont et de Sannois. Il longe les marais d’Eaubonne pour passer ensuite sur le territoire de Saint-Gratien où il rejoint le ruisseau de Montlignon précité.

Il existe encore trois autres rus de moindre importance11.

L’eau ne manque donc pas à Eaubonne, mais elle ne semble pas très agréable au goût, au point que certains se demandent si le village mérite bien son nom. C’est le cas de l’abbé Lebeuf, qui déclare, en 1754 :

« Comme c'est un pays assez sec, où les eaux ne sont pas même si bonnes qu'ailleurs, un pays où il ne coule aucun ruisseau, mais seulement des torrens qui viennent des montagnes après les orages, il y a lieu de douter que le vrai nom latin doive être Aqua Bona »12.

De son côté, l’historien André Vaquier13 se demande si l’adjectif puta, accolé primitivement à aqua, n’a pas la même racine que putride, en référence aux marais qui couvraient une partie du village. Conscient du caractère péjoratif dont était porteur le terme puta, un clerc aurait un jour transformé puta en bona, en jouant sur les deux sens de cet adjectif en latin. Avant lui, Charles Lefeuve, en son Tour de la Vallée14, en 1856, avait déjà émis cette hypothèse :

« Ce nom, francisé ou non, n'était-il pas une épigramme15 ? Eaubonne a toujours manqué d'eau, et la plupart de ses maisons recueillent encore l'eau de la pluie dans des citernes, pour la boire ».

Dans son édition de 186616, il persiste et signe :

« Au milieu de cette Vallée, florit Eaubonne, dont le nom frais et pur donnerait soif. Par malheur, il ne coule pas de source, il découle ironiquement de l’antiphrase17 ».

Il est exact que les villageois ont toujours eu des problèmes d’eau potable, mis à part des privilégiés qui ont pu creuser un puits dans leur propriété. En 1838, le Docteur Perrochet signale :

« Eaubonne ne possède qu’une seule fontaine, dont l’eau est très légère, la plupart des habitants ne boivent que de l’eau du grand ruisseau, après l’avoir fait filtrer »18.

Plus récemment, Marianne Mulon, archiviste paléographe, résume ainsi la toponymie d’Eaubonne : « Eaubonne, en terrain marécageux, est mentionnée Aquaputa en 635 ; déjà au XIIe siècle, cette eau « puante » a été métamorphosée en eau « bonne » : Aquabona 119019 ».


Le village, depuis l’origine jusqu’à la Révolution


Eaubonne a été jusqu’au XIXe siècle un village très faiblement peuplé : 12 habitants en 1470, 218 en 1817, 300 en 1839, 500 en 1878, 839 en 1881. Une partie de son terroir est occupée par des bois et des marais, impropres à la culture jusqu’au XIXème siècle, qui sont situés dans ce que l’on nomme la Plaine20. De l’antique forêt qui a couvert l’ensemble de la Vallée de Montmorency, sont restés des espaces boisés tels que le Bois Jacques, le Bois-Meslé, le bois du Luat, le bois Notre-Dame, les Bouquinvilles. Les grandes propriétés, très nombreuses, sont elles-mêmes agrémentées de beaux arbres. Le terrain disponible est partagé entre de grands domaines - fiefs féodaux ou grosses fermes - et des propriétés paysannes, de dimension moyenne, où sont pratiquées la viticulture et les cultures vivrières, parfois l’élevage (on trouve des bergers). La vigne est très présente comme partout ailleurs dans l’ensemble de la Vallée de Montmorency. On en garde la trace dans le quartier des Vignolles, commun à Eaubonne et à Ermont.

La petite église est située au centre du village, au bord du fief de l’Olive, avec son cimetière accolé. Sa date de construction est sujette à caution, dans la mesure où le seul document dont nous disposons a été contesté par le Conseil du Prince de Condé, lors d’un procès qui l’a opposé, en 1786, au « seigneur » d’Eaubonne, Joseph-Florent Le Normand de Mézières. Celui-ci produisit une charte d’amortissement octroyée par Bouchard de Montmorency, à peine lisible, prétendument datée de 1180 et citant l’église Sainte-Marie comme ayant été dotée dès cette époque par ses prédécesseurs, détenteurs du fief de l’Olive. Cet édifice, en tout état de cause, a des fondements anciens, même s’il a subi au cours des siècles des aménagements divers. Il est appelé église Notre Dame dans les registres paroissiaux21. Il deviendra ultérieurement l’église Sainte-Marie et c’est le nouveau lieu de culte, édifié en 1967, qui reprendra le nom d’église Notre-Dame.

Le territoire d’Eaubonne se répartit jusqu’à la Révolution en huit fiefs féodaux, qui joueront un rôle structurant sur le plan historique, car ils seront à la base des grands lotissements qui marqueront l’urbanisation de la commune au XXe siècle : La Cour-Charles, Fromont, l’Olive, Bussy, Meaux, Spifame. Raoul Joye et Moulin Martinot.


Les fiefs secondaires


Le fief de l’Olive. Il comporte deux parties. La première est une terre noble, s’étendant de la place des Tilleuls à la rue Cristino Garcia. La seconde serait une terre tenue en roture, comprenant une maison d’habitation devenue château de l’Olive.

Son nom vient d’Henri de l’Olive, marchand et bourgeois de Paris, qui rend hommage pour ce fief en 1429 au seigneur de Montmorency. Il est notamment habité par la famille Le Bossu (qui possède également le fief de Maugarny) du milieu du XVe siècle à 1538. La terre noble est ensuite achetée par la famille Le Fèvre, qui le rattache au fief de la Cour Charles, pour devenir « la seigneurie d’Eaubonne ». Le château actuel du Clos de l’Olive aurait été édifié, ou plutôt reconstruit22, sur la terre de roture, entre 1780 et 1784, par Jean Simon Gallien, bourgeois de Paris, orfèvre de la Reine.

Le fief Raoul Joye ou Poussart. Enclavé dans le Clos de l’Olive, entre l’église et l’actuelle rue Cristino Garcia, ce petit terrain de deux arpents tire son nom de Colin Joye, qui le possède en 1367, puis de Raoul Joye qui en dispose en 1490. Au XVIe siècle, il est nommé fief Poussart et paraît appartenir désormais aux propriétaires du Clos de l’Olive.

Le fief de Bussy ou de Couldraye. Sa délimitation correspond à l’ancien parc de la Cerisaie (occupé aujourd’hui par le lotissement dit des Castors). Son nom vient de Jean de Bucy, écuyer, qui possède cette terre en 1408. Au début du XVIIe siècle, les propriétaires sont Antoine Lebel, valet de chambre ordinaire du roi, puis son fils Guillaume, gentilhomme servant de la maison du roi. Parmi les détenteurs du fief, on trouve en 1635 le célèbre Pierre Puget de Montauron, conseiller du roi, maison couronne de France, qui mène grand train au château de la Chevrette à Deuil et à qui Corneille dédie sa pièce Cinna23. Le financier, ruiné, est obligé de céder en 1645 tous ses biens à Michel Particelli, seigneur d’Hemery (1596-1650). Ce personnage, fils d’un marchand de la ville de Lucques (Lucca) en Italie, établi à Lyon, est devenu, grâce à l’appui de Richelieu, trésorier de l’argenterie du roi, secrétaire du Conseil, intendant de l’armée dans la guerre de succession de Mantoue, puis ambassadeur de France à Turin. Ses petits-enfants, nés de son gendre Louis Phélypeaux, duc de la Vrillère, secrétaire d’État, héritent du fief de Bussy, qu’ils vendent en 1681, à titre d’échange, à François Lenormand, sieur de Mézières, avocat au Parlement, grand-père de Joseph-Florent. Ce dernier réunira « la maison sise au village d’Eaubonne, rue de Limoges, dite de Bussy » au fief de la Cour-Charles (cf. ci-après).

Le fief du Moulin-Martinot ou de Bury. Il est situé pendant l’Ancien Régime sur la paroisse d’Eaubonne. En 1272, est attestée la présence d’un « moulin sis entre les villages d’Eaubonne et de Montlignon », appartenant aux frères et sœurs de l’Hôtel-Dieu de Montmorency, qui l’afferment à des meuniers. En 1461, ce moulin,  « séant au terroir d’Eaubonne au dessous de Monlignon » est « tout demoly et ruyné, inhabité, en friche et buissons et de nulle valeur ». C’est pourquoi il est affermé à Martin Pichot, meunier au moulin de « l’étang neuf sous Montmorency » (le futur lac d’Enghien), avec mission de le remettre en état. D’où la dénomination de Moulin-Martinot, qui sera remplacée en 1705 par celle de Bury, dont l’étymologie est incertaine. À cette date, le détenteur est Jean-Jacques Levesque I, valet de chambre du maréchal de Catinat. En 1755, le moulin est toujours « situé paroisse d’Eaubonne ». En 1767, le « Moulin Martinot dit Bury » est décrit comme étant « situé paroisse de Margency ». Il est donc sorti de la juridiction d’Eaubonne entre 1755 et 176724.


Le fief de la Cour-Charles


C’est le siège de la seigneurie, dépendant directement de la châtellenie, puis du duché de Montmorency. Il tire son nom de Charles de Montmorency (mort en 1461), seigneur de Goussainville, époux de Jeanne Ratault (en 1447), conseiller, chambellan et maître d’hôtel du duc Artus de Bretagne, pair et connétable de France. Charles avait lui-même comme suzerain Jean, Baron de Montmorency.

Ce fief s’est divisé par la suite entre les héritiers et les successeurs. Il est réunifié entre 1567 et 1571 par Olivier Lefèvre d’Ormesson, par huit contrats successifs d’acquisitions ou d’échanges. Ce grand serviteur de l’État, époux d’Anne d’Alesso, qui deviendra président de la Chambre des comptes en 1578, a acheté en 1554 la terre d’Ormesson, sur la paroisse de Deuil (qui sera transférée à Enghien-les-Bains en 1864). Il a également acquis le fief Fromont à Eaubonne en 1567. Devenu propriétaire de la Cour-Charles, il sera appelé Président d’Eaubonne. En 1600, au retour des fêtes de la Pentecôte qu’il vient de passer à Ormesson, un chien fait peur à sa monture et il fait une chute mortelle.

Pendant 153 ans, la seigneurie d’Eaubonne restera entre les mains de la famille Lefèvre d’Ormesson : Olivier II (de 1600 à 1622), André (1622-1652), Jehan, frère cadet d’André (1652-1657). Gervais, fils de Jehan, qui n’a que 8 ans en 1657, hérite de la seigneurie d’Eaubonne en 1675, après une période de « régence » tenue par sa mère, Catherine de Verthamon. Entre temps, la seigneurie d’Eaubonne s’est enrichie de l’acquisition du fief de l’Olive en 1673. André-Robert, fils de Gervais, reçoit la seigneurie d’Eaubonne en 1705, au moment de son mariage et vend le domaine en 1713 à Jean Lelarge, tout en se réservant le droit d’ajouter d’Eaubonne au nom des Le Fèvre.

Jean Lelarge, écuyer, conseiller du roi, maison couronne de France, fait donation de la seigneurie en 1720 à son fils aîné, Jean-Nicolas, en se réservant l’usufruit. En 1729, le domaine revient au fils de Jean-Nicolas, Jean-Michel, qui le vend trois ans plus tard, en 1723, à Pierre-Michel Coüet, secrétaire du roi, maison couronne de France et de ses finances. Le fils de ce dernier, Pierre-Antoine Coüet, hérite de la seigneurie, qu’il vend en 1762. Une de ses filles a épousé le seigneur de Maugarny, à Margency.


Le Normand de Mézières, le « Louis XV » d’Eaubonne

Joseph-Florent de Mézières25 (1719-1793) fait partie de ces grands « seigneurs » mythiques qui ont illustré la Vallée de Montmorency durant l’Ancien Régime (avec Puget de Montauron, Charles Lebrun, le Comte d’Albon…). Dévoré d’ambition, alors qu’il est commissaire des guerres, charge qu’il a achetée en 1752, il va se tailler en trente ans une sorte de « principauté », qui couvrira la presque totalité du village d’Eaubonne, ce qui l’amènera à s’opposer plusieurs fois à son suzerain, le prince de Condé, qui se veut le seul seigneur des paroisses de son duché de Montmorency26.

Lorsqu’il acquiert la seigneurie d’Eaubonne le 13 janvier 1762, Joseph-Florent a déjà hérité, en 1745, à peine âgé de 26 ans, du fief de Bussy à Eaubonne, acquis par son grand-père, François Le Normand en 1681. Il est très riche et vit somptueusement à Paris, où il se lance dans de grandes opérations immobilières (construction notamment de l’hôtel dit de Montmorency). Il possède désormais la majorité des fiefs d’Eaubonne : la Cour-Charles, Fromont, Bussy et une partie de l’Olive.

Grand bâtisseur, le nouveau seigneur d’Eaubonne va profondément transformer la physionomie du vieux village. Les chemins sont rectifiés et pavés, tout en laissant aux villageois le soin de les entretenir. Il fait édifier dans le fief de Bussy, en 1766-1767, le Château d'Eaubonne, que les habitants désignaient sous le nom de Château Neuf , par un architecte encore peu connu, Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), qui vient juste de recevoir la commande de l’hôtel d’Hallwyl à Paris. Ce dernier construit également un ensemble urbain de cinq maisons, de part et d’autre de la rue de Limoge27 pour les collaborateurs de son commanditaire (intendant, jardinier, domestiques), ainsi que deux pavillons de garde entourant la grille d’entrée du domaine. Il reviendra à Eaubonne en 1776, un peu plus connu, pour édifier le Petit-Château, une « folie » semblable au pavillon de Louveciennes construit également par Ledoux dont la mode a été lancée par les favorites de Louis XV. Il sera loué au poète Saint-Lambert, et portera longtemps le nom de ce dernier.

Malgré ses démêlés avec le prince de Condé, qui ne lui accorde que le titre de « seigneur direct et foncier », Joseph-Florent Lenormand de Mézières continuera à se proclamer « Seigneur d’Eaubonne ». Il s’offrira même le luxe, entre 1774 et 1787, de rayer de la carte un des plus prestigieux d’Eaubonne, le fief de Meaux, propriété de Claude Goupy, ramené au rang de fief Spifame (cf. ci-après). À la veille de la Révolution, il est enfin seul !

Peu avant sa mort il fera édifier dans le parc de la Cour Charles, toujours sur les plans de l'architecte Ledoux, un dernier château qu'on connait aujourd'hui sous le nom d'Hôtel de Mézières.


Les fiefs de Meaux et Spifame


Le fief de Meaux semble avoir connu au Moyen Âge et à la période classique une histoire paisible. Il consiste en un domaine d’environ 12 hectares, enclos de murs et longé à l’est par le ru de Moulignon, dont le détournement, vraisemblablement au XVIIe siècle, a permis l’aménagement d’une pièce d’eau28. La caractéristique de ce fief est de dépendre directement des ducs de Montmorency, puis des princes de Condé, sans passer par le seigneur d’Eaubonne, ce qui n’est pas du goût de ce dernier.

La fin du XVIIe voit installé au manoir du fief de Meaux la famille Perrot, dont le dernier descendant, François-Marie, est gouverneur au Canada des îles et côtes d’Acadie. Une des filles de ce haut fonctionnaire colonial, Marie-Madeleine, épouse en 1701 Louis de Lubert de Chanterenne, président de la 3ème chambre des enquêtes au Parlement et lui apporte en dot la seigneurie de Meaux. Le président de Lubert meurt en 1741 ou 1742, en laissant trois enfants, dont celle que l’histoire littéraire a retenue sous le nom de Mademoiselle de Lubert et qui a écrit des contes pour enfants.

Quelques années plus tard, en 1749, le château et la terre de Meaux sont achetés par Georges Forquenot de la Fortelle pour le compte des frères Jean-Pierre et Pierre Tricher, bourgeois de Paris, qui font de gros aménagements au manoir et à ses dépendances. Le dernier des frères, Jean-Pierre, vend le domaine en 1769.

L’acquéreur est Claude-Martin Goupy29, architecte et entrepreneur. Il deviendra secrétaire du Roi en 1779 et connaîtra une grande audience en publiant, en 1776, à partir de notes de cours prises à l’Université et circulant pendant des décennies sous le manteau, les écrits de Desgodets, grand spécialiste du bâtiment du XVIIème siècle. Son ouvrage, Les loix des Batimens suivant la coutume de Paris, avec les Notes de M. Goupy, Architecte-Expert-Bourgeois, sera réédité pendant tout le XIXe siècle30.

Le propriétaire du château de Meaux va connaître de gros déboires, en se heurtant à l’intransigeance de Joseph-Florent Le Normand de Mézières, qui se comporte à son égard comme s’il était son supérieur hiérarchique. Après une série de procès et de transactions, celui qui est devenu en 1783 « seigneur et direct foncier d’Eaubonne », obtient que Claude Goupy renonce « pour toujours » à prétendre exercer aucun droit de nature seigneuriale sur l’étendue du territoire d’Eaubonne. Cerise sur le gâteau, le vaste fief de Meaux, de vingt et un arpents, est réuni au petit fief Spifame, de deux arpents et demi, dont il est obligé de prendre le nom. Par cette transaction, Claude Goupy se retrouve ainsi sieur du fief Spifame ! Le prestigieux fief de Meaux est rayé de la carte. Le Normand de Mézières a ainsi obtenu de son « vassal » Goupy la soumission que le prince de Condé n’a pas réussi à obtenir de l’intraitable « seigneur d’Eaubonne ». Nous sommes le 13 décembre 1787, un an et demi avant la Révolution française…


Trois grands noms de la Saga Rousseau


Eaubonne est un des villages qui voient, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, s’installer les personnages qui illustreront et perpétueront le court, mais fulgurant, passage du philosophe genevois dans la Vallée (1756-1762).

Jean-Jacques Rousseau quitte le 9 avril 1756 l’hôtel du Languedoc, où il loge à Paris, pour s’installer à l’Ermitage, à Montmorency, mis à sa disposition par sa protectrice, Madame d’Epinay, née Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles (1726-1783). Cette dernière réside à la belle saison au château de la Chevrette à Deuil ou à celui de la Briche à Epinay. Elle a pour belle-sœur, (Elisabeth) Sophie Françoise Lalive de Bellegarde31, qui a épousé en 1748 le comte d’Houdetot. La nouvelle comtesse d’Houdetot a fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau à cette occasion, sans que rien de particulier ne se passe entre eux. M. d’Houdetot, au moment de son mariage, a déjà une maîtresse, une femme mariée. Leur liaison durera 48 ans. De son côté, Sophie d’Houdetot fait la connaissance en 1751 de l’officier, mais aussi poète, Jean-François de Saint-Lambert, dont elle tombe amoureuse. Leur liaison durera 52 ans.

Le 29 août 1756 éclate ce qu’il est convenu d’appeler la guerre de Sept Ans, un conflit majeur, souvent comparé à la Première Guerre mondiale par le fait qu’il s’est déroulé sur de nombreux théâtres d’opérations : Europe, Amérique du Nord, Inde et se traduit par un rééquilibrage important des puissances européennes. Tous les hommes de l’entourage de Mme d’Epinay partent au front : M. d’Houdetot, Saint-Lambert, Grimm, amant de Mme d’Epinay… Celle-ci se met alors en quête d’une habitation pour loger sa belle-sœur pendant le conflit, pas trop loin de chez elle. C’est ainsi que dans la semaine du 14 au 21 avril 1757, elle trouve une petite maison à louer à Eaubonne, dans l’enceinte du château de Meaux, qui n’est autre que l’ancien manoir du fief Spifame, appartenant aux frères Tricher. À peine installée, Mme d’Houdetot a l’idée saugrenue d’aller rendre visite à Jean-Jacques Rousseau à l’Ermitage, une fois, deux fois, trois fois. La troisième fois, l’austère philosophe, tombé amoureux, n’y tient plus et déclare sa flamme à sa visiteuse. Mme d’Houdetot est d’abord décontenancée, puis finit par s’accommoder de l’amour « platonique » que lui porte Rousseau « à condition qu’il se corrige », car elle se déclare toujours fidèle à Saint-Lambert. Ils se promènent de longues heures dans la forêt et dans la vallée de Montmorency, et Jean-Jacques Rousseau vient même voir Mme d’Houdetot dans sa petite maison d’Eaubonne, où il couche plusieurs fois. Vers le 5 juin, la passion de Jean-Jacques Rousseau atteint son paroxysme lors de la célèbre scène dite de l’acacia d’Eaubonne, près de la cascade que Mme d’Houdetot a fait construire au bord du ruisseau de Moulignon, qui longe le jardin dont elle dispose. L’honneur de la comtesse ce jour-là est préservé par le passage, dans le chemin voisin, d’un charretier qui peste contre son cheval : « Avance, eh, bourrique ! ». Cette scène, idéalisée par Rousseau dans ses Confessions32, fera vite le tour de Paris et deviendra populaire au point qu’un des rejetons de l’acacia d’Eaubonne sera replanté pendant la Révolution, à Montmorency, devenu Emile, en tant qu’Arbre de la Liberté. Quelques jours plus tard, en juillet, Saint-Lambert, prévenu par Mme d’Epinay, jalouse du « marivaudage » de son protégé, rentre précipitamment de l’armée. Il tance Rousseau, lequel proteste de sa bonne foi. L’affaire en reste là, mais le charme est rompu. Les deux amis se contenteront désormais de simples relations de convenance, qui s’estomperont peu à peu, notamment après le départ de Montmorency du philosophe, en 1762.

Mme d’Houdetot séjourne dans sa résidence d’été à Eaubonne jusqu’en 1762, date à laquelle elle s’installe à Sannois, où elle a acquis une maison le 10 mars. Elle y demeurera à la belle saison jusqu’à sa mort, en janvier 181333.

Au départ de Mme d’Houdetot, Saint-Lambert loue une première maison à Eaubonne en 1762, puis une deuxième, le Petit Château, au financier Le Normand de Mézières, par contrat passé en 1773. Il emménage ensuite en 1783 dans un autre pavillon construit par Ledoux, qui portera plus tard le nom de villa Saint-Lambert, connu aujourd'hui sous le nom de Château Philipson. La renommée de celui que Marmontel appelle « le Sage d’Eaubonne » est grande. Il a fait paraître en 1769 son célèbre poème Les Saisons, qui lui vaut d’être élu l’année suivante à l’Académie Française, dont il deviendra quelque temps après le directeur. La résidence d’été de Saint-Lambert est pendant vingt-cinq ans le rendez-vous de tous les beaux esprits de la capitale. Il partage sa vie entre Paris, Eaubonne et Sannois où il continue à entretenir sa relation avec Mme d’Houdetot, sous l’œil bienveillant de M. d’Houdetot. Il passe la Révolution Française à Eaubonne sans être inquiété. Atteint d’infirmités, il finit par être hébergé par le couple d’Houdetot en 1796 et meurt à Paris le 9 février 1803.


Eaubonne à la Révolution


À la veille des États-Généraux, Eaubonne est un village presque entièrement rénové, car le « seigneur d’Eaubonne » a fait « aligner et accommoder avec solidité les chemins conduisant d’Eaubonne à Ermont à Sannois, Saint-Gratien et Soisy, construire devant son château une esplanade de 53 toises de long sur 42 de large et fait ferrer (paver) le chemin conduisant au centre de l’esplanade ». Il a aussi édifié un lavoir et mis un four à pain à la disposition des habitants. Heureusement, car la communauté villageoise n’est pas riche. Les cultivateurs ploient sous l’impôt, comme partout ailleurs et le cahier de doléances de 1a paroisse d’Eaubonne en 1789 ne se prive pas de demander la réduction des charges qui pèsent sur les villageois. Toutefois, les « notables » ne manquent pas à Eaubonne : 43 % de la superficie totale appartiennent à 10 propriétaires imposés à plus de 400 livres, dont la moitié n’habitent pas le village. Le reste des propriétés appartient en grande majorité à des horsains, qui ne résident pas à Eaubonne. De leur côté, les cultivateurs se répartissent en trois catégories : les laboureurs-fermiers, peu nombreux, mais aisés, travaillent quelquefois leurs propres terres, mais prennent aussi bail d’un propriétaire de fief. Les vignerons sont des cultivateurs de petites surfaces, qu’ils possèdent parfois en propre, mais qu’ils prennent le plus souvent à loyer. Les journaliers ou manouvriers louent leurs services. Ils sont itinérants. On trouve aussi quelques artisans ou commerçants, dont un charron, un tonnelier, un bûcheron, un blanchisseur, un laitier, des charpentiers, des maçons, des cabaretiers et un meunier34. Car le village dispose de deux moulins : le Moulin-Martinot, implanté au Moyen Âge sur la paroisse d’Eaubonne, et situé depuis quelques années sur Margency sous l’appellation de Bury ; un moulin à vent situé au bois du Luat, au nord d’Eaubonne, à quelques centaines de mètres de son homologue. Il faut ajouter, bien évidemment, les employés qui travaillent pour les notables du pays, Le Normand de Mézières, Goupy ou Saint-Lambert. On trouve parmi eux des domestiques, mais aussi des jardiniers, car les grandes propriétés sont particulièrement soignées et font la réputation du village.

La période révolutionnaire se passe d’une manière relativement paisible à Eaubonne. Les grands notables ne sont pas inquiétés car ce sont les bienfaiteurs du village. On ne trouve aucune récrimination à leur égard dans le cahier de doléances. Le Normand de Mézières et son fils Ange restent sur place. Par contre, les deux fils aînés choisissent d’émigrer et les propriétés d'Eaubonne, toutes transmises par donation au fils aîné en 1785, sont confisquées par le gouvernement révolutionnaire en 1791, laissées à l'abandon et mises en vente 5 ans plus tard. Ange en rachète une partie, après la mort de son père en 1793, mais pour les revendre presque aussitôt. Le Château d'Eaubonne (celui du fief des Bussy), dont la toiture s'est détériorée, est en ruines. Il sera détruit pour faire place à un autre immeuble.


Au XIXe siècle, l’histoire d’Eaubonne peut être divisée en deux volets :

- L’évolution du village, avec sa vie municipale, principalement consacrée à l’aménagement de la voierie et à la mise en place des services publics,

- Les ventes successives des quelque 15 châteaux ou villas de caractère qui sont le fleuron de la commune et qui sont habités par des personnages plus ou moins illustres. La plupart d’entre eux ne sont pas connus du grand public, mais ils ont des carrières professionnelles ou culturelles intéressantes et certains occupent de temps à autre des fonctions municipales.


L’évolution du village au XIXe siècle


Eaubonne reste tout au long du XIXe siècle un village à vocation rurale. On ne relève aucune activité notable à caractère industriel ou commercial. Le docteur Perrochet, dans une brochure  publiée en 183935, note que « les maisons y sont grandes, séparées par de grands parcs ou de beaux jardins, bien aérés et parfaitement saines. Beaucoup de grands arbres, disséminés tant dans le centre du village qu’à sa circonférence, lui donnent un aspect élégant ». Les grandes propriétés bourgeoises sont à ce point importantes que l’espace consacré à la culture, compte tenu des bois et des marais, présente un caractère en quelque sorte interstitiel. Les productions des paysans du village trouvent un débouché naturel auprès des grands propriétaires fonciers. Le Docteur Perrochet indique que « les cultivateurs y sont en petit nombre et tous (sont) dans l’aisance par la quantité de grandes maisons qui consomment leurs denrées ». La population reste limitée, même si elle croît régulièrement :

« Le nombre des constructions s’accroît à Eaubonne d’année en année. L’agrément et la salubrité du lieu, la beauté des vues, la facilité des communications avec Paris par la route de Saint-Leu, la proximité des eaux minérales d’Enghien, l’urbanité des habitants, y attirent beaucoup de monde : aussi la population devient-elle double pendant la belle saison ».

Les municipalités successives s’attachent à améliorer les voies de communication : en 1838, le général Merlin, propriétaire du Petit-Château, cède à la commune par voie d’échange une parcelle de terrain entre son parc et celui du Château (Hôtel de Mézières actuel) pour permettre de créer le chemin de grande communication n° 38, qui reliera le bourg à la gare d’Ermont (actuelle rue du Général Leclerc). Les chemins ruraux sont entretenus et réparés (au nombre de 29, sur l’état de reconnaissance établi en 1889). Ils portent des noms bucoliques : chemin Herbu, sente des Cailloux ou des Perrottes, chemin des Maquignons, chemin des Vaches (dit aussi Chaussée Jules-César !)…

Trois grands axes, en 1866, traversent le village :

- D’ouest en est, la route départementale n° 7 relie Saint-Leu à Saint-Denis et Paris : elle fait un crochet pour éviter le parc de Meaux, depuis des temps reculés et l’on franchit le ru de Montlignon à gué.

- Du nord au sud, le chemin de grande communication n° 38 relie Moisselles à Sannois, grâce à la cession de 1838, qui permet un trajet pratiquement en ligne droite. Il s’appellera rue de la Gare dès l’arrivée du chemin de fer.

- La rue d’Ermont joint, en diagonale, le bourg voisin au centre d’Eaubonne, où il prend le nom de rue Impériale et se prolonge jusqu’à la route départementale n° 7, en portant le nom de rue Saint-Fiacre.

L’arrivée du chemin de fer, à partir de 1846, modifie considérablement la sociologie du village. La ligne améliore la liaison avec Paris, assurée jusqu’à présent par diligences (qui continueront à fonctionner, non seulement entre Paris et la Vallée, mais aussi entre les gares et le centre des villages). Cet aménagement entraîne afflux de population et renchérissement du prix des terrains. D’autre part, la voie ferrée, malgré la construction d’un pont, coupe la commune en deux, accentuant l’isolement, au sud, des quartiers de l’Alliance et des Bouquinvilles, déjà obérés par l’existence de marais et de taillis (le Bois-Meslé). L’implantation des gares fait l’objet d’importantes tractations. Finalement, en janvier 1844, l’Administration décide qu’une station sera établie à Franconville et à Ermont, à la limite d’Eaubonne. La gare définitive ne sera terminée qu’en 1878. Elle portera le nom d’Ermont-Eaubonne en 1893, à la demande de la Compagnie du Nord. La liaison ferroviaire avec Argenteuil, ville importante de la région, est réalisée en 1863 et la ligne de jonction entre Ermont et Valmondois est ouverte en 1876. La liaison régulière entre la gare et le centre d’Eaubonne - et au-delà, en direction de Montlignon, Margency et Andilly - est assurée par des omnibus à cheval, et plus tard à moteur. Un service de fiacre à la demande joue le rôle des taxis d’aujourd’hui.

Le problème de l’accès à l’eau reste préoccupant pendant tout le XIXe siècle. Nous avons vu qu’en 1838, Eaubonne ne disposait que d’une seule fontaine publique. Les puits creusés au fond des jardins ne suffisent pas. Des bornes-fontaines sont mises en place dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Un petit lavoir36 a déjà été mis en place le long du ru, près de l’église, avant 1789 par Le Normand de Mézières. Un nouvel édifice, le Grand lavoir, est aménagé en 1877. Il devient un haut-lieu de convivialité. Mais les travaux de lessive polluent les eaux du ru et sont sources de mauvaises odeurs pour le voisinage. Aussi le conseil municipal décide-t-il, en 1931, d’interdire de laver le linge aux lavoirs.

La première école communale naît à la Révolution. Jusque là, c’est le curé qui s’occupait de l’éducation des enfants, d’une façon relativement sommaire. En 1790, le premier maire, Sébastien Fournier, aménage en maison communale un des bâtiments construits par l’architecte Ledoux dans la rue de Limoge (avenue de l’Europe d’aujourd’hui)37. La salle de réunion du conseil municipal et le secrétariat sont installés au premier étage. Le rez-de-chaussée accueille la salle de classe, mixte. Ce n’est qu’en 1883, soit près d’un siècle plus tard, qu’est construite une nouvelle école, dans le cadre d’un ensemble immobilier qui deviendra en xxx la Médiathèque Maurice Genevoix, après avoir été le CES Jules-Ferry. Ce bâtiment accueille, outre les salles de classe, la mairie et le bureau de poste. Celui-ci-ci sera transféré rue de la Poste (actuelle rue de Budenheim), puis rue Albert 1er (devenue avenue de l’Europe). Un des maîtres d’école connaît son heure de gloire : Léonce Secqueville, instituteur de 1898 à 1912, est également secrétaire de mairie apprécié de la municipalité. C’est lui qui rédige en 1899 la « monographie des instituteurs » sur Eaubonne, faisant de lui le premier historien de la commune. Par la suite, la population de la ville augmentant, d’autres établissements seront créés, à commencer par un petit ensemble scolaire, installé en 1931 dans le bâtiment laissé vacant par l’Institut des enfants arriérés – racheté par la commune en 192638 - en même temps que l’école Paul-Bert.

L’enseignement confessionnel connaît à Eaubonne, au cours du XIXe siècle, une importance notable. En 1857, Mme Tarbé des Sablons, épouse de celui qui deviendra maire d’Eaubonne de 1865 à 1871, aide les sœurs de la Sainte Enfance à installer un pensionnat chargé de l’instruction des filles, dans la rue qui portera longtemps le nom de sa bienfaitrice (actuelle rue Jeanne-Robillon). Cet établissement, longtemps appelée l’École des Sœurs, mène les filles jusqu’au brevet, alors que l’école communale s’arrête au certificat d’études, et accueille les petits garçons jusqu’à 6 ans. Il devient, à une date indéterminée, l’école Sainte-Marguerite, tenue par les sœurs de Saint-Joseph. Devenu mixte et pris en charge par l’Enseignement libre diocésain, il s’installera en 1967 près de la nouvelle église. Les garçons, de leur côté, sont accueillis dans l’école Saint-André, installée pendant un certain temps au Petit-Château, avant son rachat par la Sécurité sociale.

La petite église Sainte-Marie, elle-même, devient trop petite pour les besoins d’une ville qui s’accroît de plus en plus. En 1931-32, est construite l’église du Sacré-Cœur et en 1967 est édifiée l’église Notre-Dame.

Le corps des Sapeurs-Pompiers est créé en 1887, sur la base du volontariat. Il s’installera en 1921, rue George V (actuelle Maison des Associations), puis en 1983, rue Docteur Roux, en face de l’Hôpital.

Parmi les institutions culturelles de cette époque, il convient de citer le lancement, en 1868, de la Fanfare d’Eaubonne, qui deviendra la Lyre Amicale d’Eaubonne. Il s’agit de la plus ancienne association de la commune et probablement de la Vallée de Montmorency. Son fondateur est Eugène Tarbé des Sablons, qui en prend la présidence (jusqu’en 1886). D’abord simple Fanfare, cet ensemble deviendra Harmonie dans les années 1930 et accèdera progressivement à un niveau de classement de première division dans les années 1960.


De grandes propriétés, de grands noms


Tout au long du XIXe et du XXe siècles, les propriétaires se succèdent dans les quelque 18 châteaux ou maisons de caractère qui émaillent le territoire d’Eaubonne.

Le Château de la Cour-Charles (qui deviendra l’Hôtel de Mézières)

Ange Le Normand de Mézières vend en 1802 le domaine - qui ne comprend plus que l’actuel Hôtel de Mézières, car l’ancien château a été démoli - à Pierre-Olivier Descloseaux, qui deviendra maire pendant quelques mois jusqu’à sa mort intervenue en 1816. Sa fille, Dominique d’Anjou (ou Danjou), qui en hérite, décède à son tour en 1828, laissant le domaine à sa fille Marie Danjou, épouse de Claude François Journard-Tison, comte d’Argence, qui sera maire de 1821 à 1824. Elle le revend en 1836 à Jean-Baptiste Roslin, baron d’Ivry, dont les héritiers se défont en le cédant à Benedict Allegri, veuf de Dina Lippmann en 1842. Auguste Lippmann, ancien banquier, acquiert le château en 1879, qu’il échange en 1880 contre le château du Bon Accueil, détenu par Charles Goguel, régent de la Banque de France. Ce dernier, qui deviendra maire de 1886 à 1896, sera le dernier propriétaire privé du château et de son parc, connu comme le parc Goguel, avant son acquisition par la commune dans des conditions particulières : Charles Marret, maire d’Eaubonne de 1908 à 1925, et qui dispose, en tant qu’agent de change à Paris, d’une fortune suffisamment importante, achète en 1913 l’Hôtel de Mézières et ses dépendances à la société Bernheim, pour les recéder à la ville afin d’en faire la mairie.

Le Petit-Château

Le pavillon construit par Nicolas Ledoux est acquis en 1794 par Jacques Vaugon, homme de confiance de Saint-Lambert, qui le revend en 1809, à l’ancien président du Directoire, Louis-Jérôme Gohier. Ce dernier acquiert également trois autres maisons sur Eaubonne. Après sa mort, en 1830, le Petit-Château passe entre les mains de sa fille, Louise, qui a épousé en 1812 le général, comte Antoine-Eugène Merlin (1778-1854) lequel, ironie du sort, a été aide-de-camp de Napoléon, l’homme qui a renversé le Directoire le 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799) ! Mais ce serait oublier que Gohier a été membre du Directoire en même temps que Philippe-Antoine Merlin de Douai, père de son gendre. Le général Merlin fait don à la commune du terrain qui servira à aménager le cimetière, où se trouve sa tombe. À sa mort, en 1854, le Petit-Château passe entre les mains de ses sœurs, qui s’empressent de le revendre à Denis-Charles Tarbé des Sablons, lequel meurt en 1861. Sa veuve décède en 1887, laissant le pavillon à son fils Edmond (1838-1900), célèbre publiciste, fondateur du journal Le Gaulois en 1868 et maire de 1865 à 1868. Ce dernier revend la propriété en 1894 à Arthur Langlois, qui y fonde l’institution des Enfants Arriérés. Cette œuvre, qui connaît un grand succès, est installée dans le Petit-Château, ainsi dans des locaux qui abritent maintenant la Maison des Associations, après avoir logé la perception et la caserne des sapeurs-pompiers. M. de Chabert, neveu d’Arthur Langlois, succède à son oncle en tant que directeur de l’institution. Il demeure au château voisin du Bon Accueil (cf. ci-après). Après le lotissement du parc en 1926, le Petit-Château devient école communale, puis École libre Saint-André, avant de devenir le siège de la Sécurité sociale d’Eaubonne (en attente actuellement d’affectation). Il ne reste plus aujourd’hui du bâtiment originel que la façade, classée Monument historique.

Le Clos de l’Olive

Le fief de l’Olive devient le Clos de l’Olive à la Révolution. Il est acheté en 1798 par le baron Jean-Charles Davillier, qui sera régent de la Banque de France. Il revient ensuite à Alexandre Sanson (1792-1863), également régent de la Banque de France, qui a épousé sa fille Clémentine, laquelle meurt au Clos de l’Olive en 1895. La propriété passe dans les mains de leur petite-fille, Madeleine-Elise Hartmann, qui a épousé en 1874 Frédéric Marcuard (mort en 1909). Ce dernier agrandit le domaine en achetant aux Dehaynin le terrain de l’ancien fief Spifame, où se trouvait la maison occupée par Mme d’Houdetot, démolie vers 1867. Les Marcuard reçoivent de nombreux amis, dont le peintre Jobbé-Duval, qui s’installe dans l’Orangerie du Clos de l’Olive (à ne pas confondre avec celle du parc de l’hôtel de Mézières).

Racheté par la Mairie, et restauré, le château du Clos de l’Olive deviendra en 1975 la Maison des Arts et accueillera plus tard l’École de musique.

Le château de Meaux (qui deviendra le château de la Chesnaie)

Après le décès de Claude-Martin Goupy en 1793, la propriété et le château restent dans les mains de sa veuve jusqu’à sa mort en 1822. Le domaine est acheté l’année suivante par Jeanne Bénard-Fontaine, veuve de François Pérignon, qui le garde jusqu’à sa mort en 1864. Son gendre est Guillaume Dode de la Brunerie, maréchal de France, qui séjourne fréquemment au château. Les héritiers vendent la propriété au banquier Félix Dehaynin, qui meurt en 1898. Le domaine est acquis en 1902 par la société immobilière Bernheim-frères, qui le lotit en 1903 sous le nom de parc de la Grille dorée. (cf. ci-après). Le lot où se trouve le château est acquis par Charles Petit-Midy, qui possède déjà, en face, le château de la Croix-Sanson. Il reviendra plus tard à Jacques Dupont, inspecteur des monuments historiques puis à M. et Mme Soavina, qui en font une demeure de réception.

Le pavillon de Saint-Lambert

La propriété que Joseph-Florent Lenormand de Mézières a louée à Saint Lambert et que le poète a quittée en 1796 pour rejoindre le couple d’Houdetot à Sannois, est acquise en 1800 par Michel Régnaud (puis Régnault) de Saint-Jean d’Angély, conseiller d’État, ministre d’État, secrétaire d’État de la Famille Impériale, futur membre de l’Académie Française (1803) et comte de l’Empire (1808). Ce dernier la vend en 1806 pour acheter le château de la Chaumette à Saint-Leu, afin de se rapprocher de la famille de Louis Bonaparte et de la Reine Hortense. La villa Saint-Lambert est acquise par Louis Coutan, qui sera maire d’Eaubonne de 1812 à 1816. Après la mort de ce dernier, en 1830, sa veuve, née Lucie Hauguet, conserve la villa. Son frère, Ferdinand Hauguet en hérite en 1838 et la revend en 1846 à Jacques Billard, négociant à Paris, qui la réaménage. Elle passe, après le décès de Jacques Billard, à sa veuve, Louise Mill, qui la conserve jusqu’à son décès en 1884. Ses neveux en héritent et vendent la propriété, en 1890, à Cléomène Dumont, négociant à Paris, qui y meurt en 1912. Après avoir appartenu à Camille Ocampo, célèbre collectionneur d’œuvres d’art – dont certaines ont été données à la ville de Paris – la demeure est acquise par le préfet Philipson, qui la lègue à la ville d’Eaubonne. Elle accueille aujourd’hui des services municipaux et des associations à caractère social.

Le château de la Croix Sanson

Démoli lors de la construction de la résidence qui porte ce nom, ce « château » (une villa bourgeoise) a appartenu à M. Loys, puis à Charles Petit-Midy. Le nom de Sanson renvoie à Jean Sanson, garde du corps du Roi, possesseur de 1647 à 1678 environ d’une partie du fief de l’Olive.

Le château du Bon Accueil

Construit sous Louis-Philippe, ce château était implanté rue du Docteur Peyrot (anciennement de Montlignon), entre les deux pavillons de garde construits par Ledoux pour Lenormand de Mézières. Il a appartenu de 1849 à 1868 à Henry Davillier, régent de la Banque de France, fils de Jean-Charles Davillier, lui aussi régent de la Banque de France, propriétaire du Clos de l’Olive. Charles Goguel l’achète en 1868 et l’échange en 1880, avec Auguste Lippmann, contre l’hôtel de Mézières. La propriété échoit ensuite à Arthur Langlois (décédé en 1913), oncle de M. de Chabert, directeur de l’Internat des enfants arriérés, installé dans le Petit-Château. Le Bon Accueil reçoit alors des enfants en difficulté. Après avoir été transformé en appartements, il a été détruit en 2008 pour édifier un immeuble de logements en location.

Le château des Cèdres ou château Lombard

Cet édifice, situé avenue de Paris et construit sous la Restauration, est un exemple assez rare de style « troubadour » mis à la mode par Alexandre Dumas et caractérisé par l’emploi abondant de stucs. Les fenêtres principales sont ornées d’éléments gothiques, tandis que celles à la hauteur du toit le sont de linteaux baroques. Il est, à la fin du XIXe siècle, la propriété de l’architecte Harret. Le parc est agrémenté d’une pièce d’eau qui sera comblée pour être transformée en jardin. Le domaine est loti en 1911. Le château héberge en 1914 le quartier général du 45ème régiment d’artillerie. Acquis par la ville d’Eaubonne, il a d’abord accueilli les services sociaux de la commune, puis une annexe des services sociaux départementaux.

Le château du Val Joli

Il appartient, à la fin du XIXe siècle, à Charles Marret (cf. ci-dessus). Son parc sert de cadre, avant la guerre de 14-18, à toutes les fêtes et cérémonies de la commune ou de la paroisse, depuis la retraite aux flambeaux du 13 juillet, jusqu’à la procession de la Fête-Dieu. La propriété est acquise en 1931 par la société Bernheim frères en vue d’un projet de lotissement qui ne verra pas le jour. Elle est acquise par la Société Générale Immobilière pour la France, puis par la société Péchiney, qui y établit un tennis, un terrain de sports et des locaux sociaux pour son personne. La ville d’Eaubonne l’achète en 2001.

Le manoir de la Cerisaie

La propriété de la Cerisaie occupe le territoire de l’ancien fief de Bussy. À la fin du XIXe siècle, elle appartient à Jules Huyot, qui cumulera 31 années de mandat communal : conseiller municipal de 1881 à 1898, maire de 1898 à 1904, conseiller municipal en 1904 et à nouveau maire de 1905 à 1908, et une nouvelle fois conseiller municipal de 1908 à 1912. Mais il est surtout connu, en dehors d’Eaubonne, en tant que graveur. Ses œuvres lithographiques sont très recherchées. Il est co-fondateur en 1882 de la Société de secours mutuel des dessinateurs et graveurs sur bois. La propriété fut vendue vers 1918 au magasin le Printemps pour en faire des terrains de jeux pour ses employés, Elle a fait l’objet du lotissement dit des Castors, en 1952. Le manoir, transformé en logements, est encore visible de nos jours, au 1, rue Joseph-Bethenod.

La maison de la famille Silvestre de Sacy.

Dans l’ancien fief Raoul Joye, rue de Paris, à deux pas de la Place des Tilleuils, se trouvait un ensemble de pavillons, dont le centre était occupé par une maison bourgeoise, habitée au XIXe siècle, par l’illustre famille Silvestre de Sacy. Elle a accueilli notamment :

- Antoine-Isaac Silvestre de Sacy (1758-1836), orientaliste, professeur au Collège de France, député de la Seine sous l’Empire, pair de France (1832) et secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 

- Samuel Ustazade Silvestre de Sacy (1801-1879), avocat, rédacteur du Journal des Débats, conservateur de la Bibliothèque Mazarine (1836), membre de l’Académie Française (1854) et sénateur de l’Empire en 1865.


Le Château de la Tour.

Situé au Bois du Luat, il a été démoli en 1908 et remplacé par des pavillons. Les derniers propriétaires en étaient les Fouinat-La Rivière, des Ardoisières d’Angers.

La propriété La Vallée

Située rue de Soisy, elle fut habitée par Léon Touchard, rédacteur en chef du Petit Parisien, dans les années 1900. Le Petit Parisien avait été fondé par le député Louis Andrieux le 15 octobre 1876. Il fut l'un des principaux journaux sous la IIIe République39. En janvier 1878, il fut mis en société et évolua vers le radicalisme. Sous l’impulsion de ses rédacteurs en chef, Léon Touchard, puis Elie Bois, Le Petit Parisien publia des grands reportages à travers le monde, signés Henri Béraud, Albert Londres ou Louis Roubaud.

La propriété des Dures-Terres

Elle a appartenu à Robert Salmon, p.d.g. de France-Soir. Né le 6 avril 1918 à Marseille, ancien élève de l'École Normale supérieure, Robert Salmon est diplômé des sciences politiques et licencié en droit. Engagé dans la Résistance, il fonde en 1940 le mouvement Défense de la France. Après la Libération, il est élu conseiller municipal de la ville de Paris, vice-président du Conseil général de la Seine et député à l'Assemblé nationale constituante. Il occupe une place importante dans le monde de la presse. Il est devenu président-directeur général de France-Soir en 1953.

Le château de la famille Magne

Situé au 40, avenue de Paris, à l’emplacement de l’actuelle Résidence de Soisy, il appartenait à la famille Magne, qui a compté plusieurs générations d’architectes. Le grand-père, Pierre Magne (1790-1871), a fait partie de l'atelier Percier sous le premier Empire et le père, Auguste-Joseph Magne (1816-1885), a obtenu en 1838 le deuxième grand prix d’architecture. Le fils, Lucien Magne (1849-1916) a pris une large part à l'achèvement de la Basilique du Sacré-Cœur. Il a dirigé les fouilles archéologiques sur l’emplacement de l’église médiévale et d’une nécropole mérovingienne en 188540, construit la nouvelle église et aménagé le cimetière d’Ermont en 1886-87. Architecte des Monuments Historiques, il a restauré les églises de Saint-Prix, de Montmorency et de Taverny. Il était aussi peintre et sculpteur. L’église Sainte-Marie d’Eaubonne possède de lui un Christ gravé sur marbre noir.

Le château Mirabaud

La famille Mirabaud était établie dans la Vallée de montmorency depuis 1851 et possédait depuis 1863 une propriété au nord d’Eaubonne, bordant la rue de Paris, voisine de celle de l’architecte Harret. Henry Mirabaud (1821-1893), banquier à Paris, fut un des grands bienfaiteurs de la commune. On donna son nom à une rue de la ville, mais elle fut rebaptisée Cristino-Garcia après la 2ème guerre mondiale. À la mort du banquier, le château est revenu à son gendre, M. de Billy, ambassadeur de France à Tokyo. Le parc a été loti après 1945 et le château est devenu la clinique Mirabeau (au lieu de Mirabaud). C’est ainsi que le nom de cette illustre famille a été effacé à deux reprises de la mémoire patrimoniale d’Eaubonne…

Les pavillons de garde

Situés rue du Docteur Peyrot, ils faisaient partie de l’ensemble immobilier construit par l’architecte Ledoux et gardaient l’entrée du parc de Bussy. Ils ont été occupés par des particuliers avant d’être classés à l’Inventaire des Monuments Historiques. Ils sont maintenant propriétés de la ville et ont été restaurés.

La demeure des Morin

Située dans l’actuelle avenue de l’Europe (ancienne rue Albert 1er), elle était probablement une des maisons construites par l’architecte Ledoux. Son emplacement est aujourd’hui occupé par la Poste.


Mentionnons enfin, pour mémoire, le Château des Tourelles, aujourd’hui disparu - implanté sur Soisy-sous-Montmorency, à l’emplacement de l’actuel ensemble commercial - mais à ce point limitrophe Eaubonne que les cartes postales de l’époque le situent sur la commune. Il avait été édifié vers 1855 par Jules Delon, gendre de Théodore Davillier, dans le style Napoléon III, pastiche des châteaux féodaux, avec des tourelles d’angle.


Au XXe siècle : l’ère des grands lotissements


Après 1900, Eaubonne voit ses grands domaines livrés au lotissement : leurs propriétaires ne peuvent plus les entretenir ou souhaitent en tirer profit, à la faveur d’une forte augmentation du prix des terrains. Les plus importants d’entre eux sont les suivants :

- L’ancien domaine de Meaux est acquis en 1902 par la société Bernheim, qui le morcelle en mai 1903. 209 parcelles sont proposées aux acheteurs. Ce lotissement étant le premier à Eaubonne, les acquisitions s’échelonneront sur plusieurs années. On l’appelle La grille dorée, du nom de la clôture qui ceinture le parc du château, devenu de la Chesnaie et acquis par Charles Petit-Midy.

- Le parc de l’ancienne seigneurie d’Eaubonne, devenu parc Goguel, du nom de Charles Goguel, ancien maire de 1886 à 1896, est mis en vente après le décès de sa veuve, en 1912. Le conseil municipal recule devant le prix d’une telle surface : il est demandé 500 000 francs or. Il se contente d’acheter le château, qui portera plus tard le nom d’Hôtel de Mézières et qui deviendra mairie jusqu’en 19XX. Le domaine est acquis en en janvier 1913 par la société immobilière Bernheim, qui le divise et le met en vente en 1914 sous l’appellation de Grand lotissement du parc boisé du château d’Eaubonne. Une grande artère centrale est tracée, qui prend le nom de Boulevard de la République. La publicité de lancement vante les agréments rustiques d’Eaubonne et met l’accent sur la rapidité des transports : le train pour Paris met moins de temps à l’époque qu’il n’en faut aujourd’hui !

- Entre temps, vers 1910, la Société Coopérative d’Habitations « L’avenir de Saint-Gratien et d’Eaubonne » a créé le lotissement du quartier de l’Alliance, à partir de terrains appartenant à des cultivateurs de Deuil et de Saint-Gratien. Un des administrateurs de cette société est Paul Nief, architecte, qui deviendra maire d’Eaubonne de 1925 à 1935 et qui fera construire l’Hôpital Émile-Roux (futur Simone Veil) et l’école Paul-Bert (achevés en 1936).

- Le parc du Petit-Château est loti en 1926. Dans ce parc, se trouve une tour d’apparence médiévale, qu’une carte postale date à tort de 1421. Il s’agit en fait d’un ancien château d’eau, doute édifié au milieu du XIXe siècle.

La principale caractéristique de ces lotissements est de donner naissance à des habitations basses, entourées de jardins, ce qui permet de conserver au village, qui s’urbanise peu à peu, un aspect de « ville à la campagne ». Et ce, d’autant plus que subsistent des espaces boisés, des marais et des parcs, certes plus réduits, mais arborés et fleuris.

D’autres lotissements, moins importants en surface, suivront dans la deuxième moitié du XXe siècle, et donneront lieu, cette fois-ci, à la construction de grands immeubles qui donnent aujourd’hui à Eaubonne sa physionomie d’habitat mixte (41,8 % en maisons individuelles et à 58,2 % en appartements).


Quelques personnages illustres


En dehors des noms déjà évoqués, il importe de signaler quelques personnages qui ont illustré Eaubonne à des titres divers :

- Michel Zevaco, né en Corse en 1860, devient d’abord journaliste engagé, au journal L’Egalité, que dirige alors le socialiste révolutionnaire Jules Roques. Il se présente sans succès aux élections législatives de 1889 pour la Ligue socialiste de Roques. En 1900, il abandonne le journalisme politique pour se consacrer à l'écriture de romans-feuilletons, dont le Capitan41 et la série des Pardailhan. Durant la première guerre mondiale, Michel Zevaco quitte Pierrefonds, où il vivait depuis la fin du siècle, pour s’installer à l’abri à Eaubonne, où il meurt en août 1918.

- Max Ernst (1891-1976) rencontre en 1921 le couple Paul Éluard (1895-1952) et sa femme Gala. En 1922, il adhère au mouvement surréaliste. En 1923, il arrive en France et expose au Salon des Indépendants à Paris. Il reçoit asile chez son ami Paul, qui loge au 4, rue Hennocque à Eaubonne. Durant l'été, il entreprend de décorer les trois étages de la villa, réalisant l'un des rares exemples de décoration murale surréaliste. Les peintures du cycle d'Eaubonne, transférées sur toile, sont conservées dans des collections du monde entier. C’est en souvenir du passage de Paul Éluard à Eaubonne que le Centre culturel de la ville, ouvert en 2008, a été appelé L’Orange bleue.

- Michel Mourre est un grand historien, né le 11 juin 1928 à Eaubonne et décédé le 6 août 1997 (enterré le 10 août au cimetière de la commune)42. Après une expérience décevante chez les dominicains et devenu proche du mouvement lettriste et situationniste, il publie Malgré le blasphème, Charles Maurras, Lamennais, Le Monde à la Mort de Socrate, Religions et Philosophies d'Asie, Le Monde à la Mort du Christ et L’Histoire Vivante des Moines, avant de commencer une oeuvre encyclopédique de longue haleine : il est l’initiateur et le directeur du célèbre Dictionnaire d'Histoire Universelle (« Le Mourre »), qui fait toujours l'objet de rééditions et d’actualisations. Son nom a été donné au square jouxtant la Médiathèque Maurice Genevoix.

- Paul Kenny est le pseudonyme derrière lequel se cachent deux auteurs belges : Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse. À partir de 1953, ils signent sous ce nom plus d'une centaine de romans d'espionnage, édités aux éditions Fleuve Noir : la fameuse série narrant les aventures de l'agent Francis Coplan. Né en 1913, Gaston François Julien Vandenpanhuyse, a habité à Eaubonne au 16 de l’avenue du Maréchal Dode de la Brunerie.


Il convient également de citer quelques peintres qui ont marqué Eaubonne de leur empreinte :

- Senery Besnard a laissé sur la commune de nombreux témoignages de son art, inspiré par les chemins ombragés aux subtils jeux de lumière.

- Henri Buisson, né à Paris en 1876, vient habiter la commune en 1905, rue George V. Il trouve son inspiration dans la nostalgie des paysages telle qu’on peut la retrouver dans son Eglise Sainte-Marie vue de la rue de Soisy.

- Georges Griois, qui a séjourné rue des Bouquinvilles, a laissé de nombreux paysages de la Vallée, dans un style très proche de celui de Monet et de Sisley.

- Ernest Lamy, décédé à Eaubonne en 1938, a habité au 32 boulevard de la République et a laissé des aquarelles exécutées avec beaucoup de finesse et de précision, représentant notamment La sente d’Andilly, Le vieux lavoir, L’église d’Eaubonne, Le ru Corbon, Margency.

- C. L. Bonnin a réalisé en 1921 une série de six charmantes aquarelles conservées à la Médiathèque Maurice Genevoix, montrant divers aspects du parc Goguel.


On ne saurait terminer ce tour d’horizon sans évoquer le comte Armand-Louis de Visme (1855-1928), premier historien d’Eaubonne (si l’on excepte l’instituteur qui a rédigé la monographie de 1899). Il a habité pendant 70 ans la commune, dont il a été maire de 1896 à 1898. Il a publié en 1914 un Essai historique sur Eaubonne (réédité par le Livre d’histoire, dans la collection « Monographie des villes et villages de France »). Le Fonds ancien de La Médiathèque Maurice-Genevoix porte son nom. Il habitait une propriété au Mont d’Eaubonne et « partait tous les matins prendre le train à Enghien dans son tilbury, accompagné de son cocher »43. M. de Visme a eu ses deux fils tués à la guerre de 1914-19I8 et le monument aux morts, près du cimetière, a été taillé dans le granit d’après une photo de l’un d’eux.


Hervé Collet,

Président du cercle historique d’Eaubonne,

octobre 2009.


Bibliographie


- Monographie de l’instituteur Léon Secqueville (1899) (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix)

- Armand de Visme, Essai historique sur Eaubonne, première édition, Paris, Champion, 1914. Ouvrage réédité par le Livre d’histoire, dans la collection « Monographie des villes et villages de France ». Paris, 2003, 114 p.

- Georges d’Anthin, Eaubonne de Jules César à nos jours, conférence historique donnée le 25 mai 1949, exemplaire dactylographié, 26 p. (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix)

- Alice Duflos, Eaubonne face à l'expansion démographique : analyse de la décennie 1954-1964, exemplaire dactylographié, 1967 (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix)

- André Vaquier, Du nom d'Eaubonne, Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin, 1968


- Hervé Collet, Eaubonne au XVIIIe siècle, Publications du Cercle historique et archéologique d'Eaubonne et de la vallée de Montmorency, 1972, 124 p.

- Collectif, Nos souvenirs d’enfance à Eaubonne 1900 – 1925, brochure de 24 pages publiée par l’association Au service des Personnes âgées, avec le concours de la mairie d’Eaubonne, octobre 1972.

- Hubert Lamant, Eaubonne en 1900, Publications du Cercle historique et archéologique d'Eaubonne et de la vallée de Montmorency, 1981, 149 p..

- Renée Thomas, Au village d'Eaubonne : 1590-1815, ville d’Eaubonne, 1988, 303 p.

- Renée Thomas, Un Financier du XVIIIe siècle : Joseph Florent Le Normand de Mézières, seigneur d'Eaubonne, exemplaire dactylographié, 1995 (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix)

- Gérard Ducoeur, Histoire du village d’Eaubonne des origines à l’an 2000, conférence du 19 septembre 1999, Journées du Patrimoine, en l’église Sainte-Marie d’Eaubonne (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix).

- Chantal Bor, La Maison de campagne au XVIIIe siècle en Ile-de-France : les deux principaux fiefs d'Eaubonne, Val-d'Oise, et leurs châteaux, histoire et évolution du XVIIIe siècle à nos jours, étude de l'implantation par la cartographie, exemplaire dactylographié, 2000 (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix)

- Renée Thomas, L'église Sainte-Marie d'Eaubonne, exemplaire dactylographié, 2002 (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix)

  • Jean Veillon, Souvenirs d'Eaubonne au XXe siècle, Publications du Cercle Historique et Archéologique d'Eaubonne et de la Vallée de Montmorency, 2007, 110 p.

1 Cf. : « La chaussée Jules César et le vicus d’Ermont- Les sites gallo-romains de Taverny ».

2 Robert (S.) et Wabont (M.), Le réseau routier de grand parcours dans la Val d’Oise, in Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 94-99.

Vermeersch (D.) et Wabont (M.), Le Val d’Oise gallo-romain, in Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 107-116.

3 Ducoeur (G.), Histoire du village d’Eaubonne des origines à l’an 2000, conférence du 19 septembre 1999, Journées du Patrimoine, en l’église Sainte-Marie d’Eaubonne (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque Maurice-Genevoix). Voir note 6 infra.

4 Cf. : « Les premiers seigneurs de Montmorency ».

5 Cf. : « Le rôle social et économique des institutions religieuses dans la châtellenie de Montmorency ».

6 Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, Guy d’Eaubonne p. 169, note 66 et Eustachie d’Eaubonne p. 171, note 68.

Collectif, Liber testamantorum Sancti Martini de Campis, SHSO, Picard, Paris, 1905.

Depoin (J.), Recueil de chartes et documents de Saint-Martin-des-Champs, monastère parisien, t. 1 à 5, 1912 à 1921.

7 Visme (A. de), Essai historique sur Eaubonne, éd. Champion, Paris, 1914, p. 11-12.

8 Duchesne (A.), Histoire généalogiquede la maison de Montmorency et de Laval, Paris, 1624, in-f°, p. 117, preuves p. 61.

9 Duchesne (A.), op. cit., preuves p. 128.

10 Cf. le rapport d’étude pour extension et embellissement d’Eaubonne, du 10 novembre 1928, in Lamant (H.), Eaubonne en 1900, Cercle Historique et Archéologique d’Eaubonne et de la Vallée de Montmorency, Eaubonne, 1976, p. 146.

11 Cf. : « Les points d’eau en vallée de Montmorency à travers l’histoire ».

12 Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. 3, Paris, 1754, p. 413. Compte tenu du fait que l’illustre historien nie l’existence de ruisseaux permanents à Eaubonne, on est en droit de se demander s’il est bien placé pour juger de la qualité de l’eau !

13 Vaquier (A.), Du nom d’Eaubonne, tiré à part de la SHAPVOV, Pontoise, 1968, 7 p.

Dans sa Toponymie générale de la France, volume 2, 1996, p. 1782, Ernest Nègre confirme cette version : « Eaubonne : adjectif puta = puante, sale, mauvaise, remplacé dès le XIIe siècle par l’adjectif euphémique bonne ».

14 Lefeuve (C.), Le tour de la Vallée, Paris, Dumoulin, édition de 1856, p. 206.

15 Une épigramme est un trait satirique et mordant, une raillerie.

16 Lefeuve (C.), Le tour de la Vallée, Paris, Dumoulin, édition de 1866, ouvrage réédité en 1975 par le Cercle Historique et Archéologique d’Eaubonne et de la Vallée de Montmorency, p. 175.

17 Une antiphrase est une figure de style qui consiste à dire le contraire de ce que l’on pense.

18 Docteur Perrochet, Essai sur la thérapeutique des eaux minérales d'Enghien, et sur la topographie physico-médicale, de la vallée de Montmorency, Paris, Malteste, 1839, p. 104.

19 Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, éd. Bonneton, Paris, 1997, p. 131.

20 Les marais occupaient, jusqu’au XXe siècle, une grande partie du fond de la Vallée de Montmorency. Le lac d’Enghien en est un des derniers vestiges. Il a subsisté en tant qu’étang dans la mesure où il est alimenté, non seulement par les rus qui le rejoignent, mais par des sources qui fonctionnent à la manière de puits artésiens.

21 Cf. Thomas (R.), Au village d’Eaubonne, ville d’Eaubonne, 1988, pp. 137-154.

22 Thomas (R.), op.cit., pp. 108-109.

23 Bourlet (M.). Les grandes heures du château de la Chevrette à Deuil-la-Barre, pp. 19 à 44.

Cf. « Pierre Puget de Montauron, l’incroyable seigneur de la Chevrette à Deuil ».

24 Il convient toutefois de signaler que la majeure partie de la propriété qui abrite le lycée-collège de Bury est située sur le territoire d’Eaubonne. Mais le bâtiment principal et l’étang relèvent de Margency. Aucune parcelle de ce domaine n’est située sur Montlignon.

25 Cf. « Joseph-Florent Le Normand de Mézières, le Louis XIV d’Eaubonne ».

26 Cf. « Le Prince de Condé, suzerain intransigeant des vassaux de la Vallée » .

27 Actuelle avenue de l’Europe. Seule reste de ces maisons celle qui est située au n° 8

28 La pièce d’eau a été comblée en 1926. Son emplacement est actuellement occupé par une station-service.

29 Cf. « Claude Goupy et le château de la Chesnaie à Eaubonne ».

30 Cet ouvrage demeure encore très recherché de nos jours. Sa cote est très élevée.

31 Sophie est le prénom couramment utilisé par Mme d’Houdetot et son entourage.

32Cf. « Jean-Jacques Rousseau et Mme d’Houdetot à Eaubonne ».

33 cf. « Madame d’Houdetot à Sannois » et « Le chassé-croisé de la fête de Saint-Lambert »

34 Thomas (R.), op.cit., pp. 80-96.

35 Perrochet (Docteur), Essai sur la thérapeutique des eaux minérales d'Enghien et sur la topographie physico-médicale de la vallée de Montmorency, Paris, 1839, Malteste, p. 103.

36 Le lavoir actuel est une reconstruction à l’identique celui qui a été détruit avant la guerre.

37 Il a été rasé depuis.

38 Il s’agit de l’un des bâtiments qu’occupe actuellement la Maison des Associations (ancienne perception), dont la salle Nosbaume fait partie.

39 À partir du 4 avril 1904, Le Petit Parisien parait avec un sous-titre, qui sera justifié pendant trente ans : « Le plus fort tirage des journaux du monde entier ».

40 Cf. : « La nécropole mérovingienne et l’église carolingienne d’Ermont ».

41 Le roman Le capitan a fait l’objet d’un film.

42 Cf . « Un Eaubonnais féru d’histoire : Michel Mourre ».

43 Cf. la brochure « Nos souvenirs d’enfance à Eaubonne 1900 – 1925 », publiée par l’association Au service des Personnes âgées, avec le concours de la mairie d’Eaubonne en octobre 1972.