Le château Mirabaud/clinique Mirabeau
37, Avenue de Paris



La famille Mirabaud était établie dans la Vallée de montmorency depuis 1851 et possédait depuis 1863 une propriété au nord d’Eaubonne, bordant la rue de Paris, voisine de celle de l’architecte Harret. Henry Mirabaud (1821-1893), banquier à Paris, fut un des grands bienfaiteurs de la commune. On donna son nom à une rue de la ville, mais elle fut rebaptisée Cristino-Garcia après la 2e guerre mondiale. À la mort du banquier, le château est revenu à son gendre, M. de Billy, ambassadeur de France à Tokyo. Le parc a été loti après 1945 et le château est devenu la clinique Mirabeau (au lieu de Mirabaud). C’est ainsi que le nom de cette illustre famille a été effacé à deux reprises de la mémoire patrimoniale d’Eaubonne !



NB. La Clinique Mirabeau est un établissement de de Soins de Suite et de Réadaptation qui prend en charge des patients dans le cadre d'une hospitalisation à temps complet après la phase aigüe de leur pathologie, à l'issue d'une hospitalisation en court séjour ou en provenance du domicile pour : 
- des suites de traitements médicaux ou chirurgicaux,
- ainsi que des soins de rééducation
en vue d'un retour à domicile ou en institution.

Paul Barthélémy Mirabaud naît le 29 juin 1848 à Versailles. Il est fils de Jacques Mirabaud et petit-fils d'Henry Mirabaud et de Denise Adélaïde Paccard, associés-gérants de la Maison de banque familiale Mirabaud et Cie. Il mène tout naturellement une carrière d’homme d’affaires, ce qui le conduit à devenir régent de la Banque de France (de 1907 à sa mort), président de la Société des Chargeurs Réunis, vice-président de la Compagnie des phosphates de Gafsa, administrateur de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans, de la Compagnie du canal de Suez.
Grand collectionneur de timbres-poste, il est l'un des signataires du Roll of Distinguished Philatelists, qui distingue « les pères de la philatélie ».
Il épouse Hélène Dollfus, fille de Charles Dollfus, également banquier, et d'Émilie Galline, le 8 janvier 1872, à Mulhouse. Sa fille Jeanne épousera Robert de Billy.
De religion protestante, il est membre du diaconat de l'église réformée du Saint-Esprit, rue Roquépine à Paris. 
Il meurt le 12 mai 1908 à son domicile, au 42 avenue de Villiers à Paris.



Le comte Robert Jules Daniel de Billy naît le 17 juin 1869, à Paris. Il est le fils du comte Charles de Billy (1840-1919), conseiller référendaire à la Cour des Comptes et chevalier de la Légion d'honneur, et de son épouse, née Lucie Courtois (1849-1937). Il deviendra gendre de Paul Mirabaud, en épousant sa fille Jeanne, le 4 juin 1895. De cette union naîtront deux filles : Thérèse (1896-1986) et Suzanne (1898-1984).

Robert de Billy reçoit une stricte éducation protestante et fait ses études au lycée Saint-Louis. Marcel Proust fait sa connaissance à Orléans en 1890, alors qu'il accomplit son volontariat du service militaire au 76e régiment d'infanterie. Robert de Billy est, quant à lui, au 30e régiment d'artillerie. Ils ont des conversations littéraires et philosophiques. Ils se retrouvent sur les bancs de l'École libre des sciences politiques, mais Proust n'y reste pas longtemps. Il garde des liens avec le jeune comte, car c'est pendant ces années-là que Proust découvre le grand monde du Faubourg Saint-Germain. Il lui confie son admiration pour la comtesse de Chevigné (un des modèles de la duchesse de Guermantes), à qui il tentait d'adresser la parole. Billy aime la montagne et fait la connaissance d'Edgar Auber, un jeune Genevois protestant et austère comme lui, qu'il présente à Proust, lequel les mène au salon de Mme Straus. Cette rencontre est pour Proust l'occasion d'apprendre les différents systèmes de caste et pour de Billy, d'en apprendre davantage sur les subtilités de différents milieux. Il gardera toute sa vie le souvenir de Proust, qui est pour lui celui grâce à qui il apprend à connaître « la joie de penser autrement que par principes ». Proust gardera toute sa vie beaucoup de respect pour la culture, la franchise et la droiture de de Billy.
À l’époque de son mariage, en 1895, Robert de Billy se trouve en poste en Allemagne. Nommé à Londres, il découvre de manière plus approfondie, entre 1896 et 1899, la littérature anglaise et donne un exemplaire de Ruskin à Proust en 1898. C'est le début de pèlerinages pour Proust et ses amis sur les lieux de Ruskin, comme Amiens, le nord de la France, Venise, où Proust se rend avec sa mère en mai 1900, et toute une réflexion sur le maître anglais que l'on retrouve dans son œuvre.
Par la suite, en 1901 et 1902, Proust, de Billy et d'autres amis, dont Emmanuel Bibesco, visitent les cathédrales, la Normandie et les environs de Paris.  De ces années de connivence avec l’auteur d’À la recherche du temps perdu, de Billy publiera en 1930 l’ouvrage : Marcel Proust. Lettres et conversations (Paris, Éditions des Portiques).

Les années suivantes correspondent à des années d'intense travail pour Robert de Billy. Il est secrétaire de la délégation française à la conférence d'Algésiras en 1906. Après un poste au Maroc, il devient premier secrétaire d'ambassade à Rome. En l'absence de l'ambassadeur, c'est lui qui reçoit le visiteur Mussolini lors du retournement de ce dernier par la France en 1914. Il succède à Paul Claudel en tant qu'ambassadeur au Japon de 1927 à 1929. Il meurt à Paris le 26 mai 1953.