L’église Sainte-Marie




La petite église rustique Sainte-Marie d’Eaubonne est une des plus anciennes et des plus typiques de la Vallée de montmorency. En 1847, elle porte l’appellation de Notre–Dame de l’Assomption. Après la consécration, en 1933, de l’église du Sacré-Cœur, elle devient chapelle Sainte-Marie. En 1970, comme l’église nouvellement bâtie reçoit le nom d’église Notre-Dame de l’Assomption de la Sainte Vierge, l’ancienne prend le nom d’église Sainte-Marie. Elle n’accueille plus alors que des réunions decatéchistes ou des conférences. Quelques célébrations pour les jeunes y ont encore lieu jusque vers 1985.

Rapide historique

L’histoire de cette église est mal connue jusqu’au XVIIIe siècle, mais l’aspect trapu de l’édifice, avec une nef sans transept, un clocher octogonal implanté au tiers de la structure, une tourelle et des contreforts massifs, semble indiquer une fondation ancienne, datable de l’époque médiévale.

L’abbé Lebeuf, historien de Paris et de ses environs, écrit en 1754 :

« L'église d'Aubonne est sous l’invocation de la Sainte Vierge. Son édifice ne présente rien d'ancien, que la figure de son clocher de pierre, qui est octogone & placé sur le sommet du bâtiment, ainsi que cela se pratiquait il y a cinq & six cents ans. La Cure est à la pleine collation de l'Evêque de Paris, suivant le Pouillé du XIII(e) siècle & les suivans ». (Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 414).

On sait seulement qu’elle se trouvait au centre de l’ancien fief de l’Olive, devenu plus tard Clos de l’Olive et rattaché à la seigneurie d’Eaubonne au XVIIIe siècle. Lors de ses démêlés avec le prince de Condé, en 1789, le seigneur du lieu, Le Normand de Mézières, tente de faire remonter sa construction à 1180 en appuyant ses dires sur une charte d’amortissement octroyée par Bouchard de Montmorency. Ce document paraît si suspect aux yeux du Conseil du prince de Condé qu’il le qualifie de faux. Cette attitude n’empêche pas l’obstiné Le Normand de Mézières d’essayer de prouver que cette église, qui était sans doute, à l’origine, une simple chapelle de châtelain (compte tenu du petit nombre de fidèles à l’époque), date de plusieurs siècles.

« Des notables de la paroisse d’Eaubonne savent par tradition que l’église d’Eaubonne a été construite par un des auteurs de Monsieur de Mézières et qu’elle porte les armoiries de ses prédécesseurs peintes sur les vitres du chœur et sculptées sur un chapiteau extérieur de la porte d’entrée principale et qu’à la mort de M. Lelarge, il a été peint une bande ou ceinture funèbre chargée des armes du dit sieur Lelarge ». (Archives du Prince de Condé à Chantilly).

En 1673, au cours de sa visite, l’archidiacre de Paris note les images mutilées et le mauvais état de la nef. Des réparations considérables doivent être effectuées dans le chœur en 1726. Encore des réparations en 1756 : « L’an prochain, il faudra réparer le pignon du chœur et la nef, refaire une sacristie nouvelle ».

Un plan de 1770, conservé aux Archives Départementales du Val d’Oise, mentionne la maison du vicaire, son jardin, une chapelle extérieure et le cimetière. Le cimetière est transféré en 1847 et la maison du vicaire ainsi que la chapelle sont démolis en 1852 pour cause de vétusté. L’horloge est offerte par le seigneur de la Cour-Charles, Pierre-Michel Couët, durant sa présence à Eaubonne (entre 1732 et 1762).
Lorsque le curé Blavette arrive à Eaubonne, une commission constate la nécessité de réparer d’urgence le clocher, qui porte sur deux pignons du chœur et deux sur la nef, de changer les grilles de fer devant les trois vitraux du chœur et les cinq de la nef, etc. Le devis de 1 475 livres est à la charge du défunt curé et par l’Hôtel-Dieu de Gonesse, gros décimateur (= qui perçoit la dîme) et par les habitants d’Eaubonne le 20 juin 1789.

Pendant la Révolution, les bancs et tables portant des inscriptions de féodalité sont enlevés. Le culte est interrompu et ne reprend qu’en 1802. Sous le premier Empire, en régime concordataire, une cloche est donnée par Louis Napoléon, frère de l’Empereur, châtelain de Saint-Leu, époux de la Reine Hortense aux alentours de 1805.

Le 21 février 1809, la paroisse d’Eaubonne est réunie à celle de Soisy, suite à une réorganisation de l’ensemble des paroisses de l’Empire par Napoléon 1er. L’église devient alors une simple chapelle annexe. Le conseil municipal demande à Napoléon III de rendre à Eaubonne sa qualité de paroisse de plein droit, ce qui est fait le 31 mai 1859, par décision du Conseil des ministres.

En 1851, des vitraux sont réparés. On fait construire 14 panneaux de vitrerie en plomb. En 1854, M. Wagner, horloger mécanicien de l’Empereur remplace l’horloge, qui nécessitait de continuelles réparations.

En 1866, le tableau du maître autel représentant l’Assomption de la Sainte-Vierge est détruit en partie par l’incendie du 9 avril. Les dommages s’élèvent à 1 200 francs. M. Marquerie, peintre d’histoire à Paris fournit un autre tableau. Le bénitier porte la date de 1870 et l’inscription latine « Asperges me domine hyssopo et mundabor » (« Asperge moi d’hysope, Seigneur, et je serai purifié »).
L’église est ravagée par les Prussiens lors de l’occupation de 1870-1871 : « L’église a été convertie en magasin pour approvisionnement. Des autels ont été brisés, des saints mutilés, les chaises et bancs brûlés, les murs intérieurs et extérieurs honteusement salis » (Registres municipaux). Le mobilier est remplacé en 1875. Le chemin de croix est installé en 1877. En 1878, les piliers sont réparés avec de vieux cailloux et on recrépit l’église.

L’intérieur de l’église



Le chœur, voûté de deux travées d’ogives, s’éclaire d’un autel avec un retable blanc et or, encadrant une Assomption qui contraste avec la boiserie de chêne sombre et quelques stalles bien simples d’église de village.

Aujourd’hui subsistent deux autels dans la nef :
- À droite, l’autel de la Vierge était appelé autrefois autel de Notre-Dame de la Pitié. À ses pieds se trouve la pierre tombale du curé de 1641 à 1666, Claude de Senemond et de ses sœurs.
- À gauche, l’autel de Saint-Guillaume a probablement été érigé en honneur du Maréchal de France, François Guillaume, vicomte Dode de la Brunerie, président des fortifications de Paris, par sa veuve Agathe Virgine Perignon, demeurant dans l’ancien château du fief de Meaux.

Plusieurs autels, existaient autrefois attestés dans les registres paroissiaux et dédiés respectivement à Saint-Vincent, Saint-Sébastien, Saint-Jacques et Sainte Geneviève (détruites à une date inconnue).

Les vitraux du chœur honorent :
- Saint Edmond : sans doute en hommage à Edmond Tarbé des Sablons, fils du maire, résidant au petit Château, mort à 7 ans en 1861.
- Saint Paul, peut-être offert par la famille Tarbé des Sablons, en mémoire d’un autre de ses fils, décédé jeune en 1853.
- Saint Gabriel, offert par la famille de Gabriel Dehaynin, possesseur de l’ancien château du fief de Meaux (aujourd’hui de la Chesnaie) de 1864 à 1898.
- Saint Henry, peut-être en souvenir du baron Henry Davillier, régent de la Banque de France, qui habitait l’actuel Hôtel de Mézières.
D’autres vitraux évoquent la vie de la Vierge Marie.

Dans les années 1990, l’antique et vénérable église, devenue chapelle, se trouve dans un état de dégradation très avancé, malgré des travaux d’entretien réguliers. La municipalité prend alors la décision courageuse, parce que coûteuse, de la restaurer. Les vitraux de la chapelle, représentant la vie de la Vierge et du Christ, et des saints Paul, Henry, Edmond et Gabriel, sont restaurés par des maîtres-verriers d’Ermont, Jacques et Mireille Juteau. Le plomb est entièrement refait, ainsi que certains verres. Un vitrail moderne est composé de toutes pièces pour remplacer la rosace détruite.

Les 14 tableaux du chemin de croix sont restaurés par les élèves du Lycée Curial de Paris 19ème et leurs professeurs, François Balageas, alors conseiller municipal d’Eaubonne, et M. Plotot.