Énigme 2 - Le Baron de nulle part

Ambroise Louis de LAVENANT, maire d’Eaubonne de 1816 à 1821, s’est attribué le titre « Baron de Toukerb » (Baron d’Empire confirmé par lettres patentes en 1810). Mais le toponyme « Toukerb » n’existe nulle part au monde. D’où vient ce nom ?

Réponse courte : Il ne pouvait pas s’appeler le « Baron d’Eaubonne », le titre s’étant éteint avec le mort en 1808 de Gabriel-Joseph Le Normand de Mézières, fils du Seigneur d’Eaubonne Joseph-Florent. Lorsque Napoléon le nomma Baron d’Empire en 1810, il choisit de s’appeler « Baron de Toukerb », anagramme du nom de son épouse Johanna Teding van BERKHOUT, fille du maire de Delft (Pays-Bas).

Réponse détaillée : Dès l'âge de 17 ans (en 1792), très inspiré par les idées de la Révolution, il s'engage dans les armées de la nouvelle République où il fait une carrière remarquée. Il devient aide de camp du général Brune en Hollande, et l'accompagne en Italie où ses faits d’armes jusqu'en 1809 lui valent un Sabre d’Honneur. Chef d’escadron à vingt-cinq ans, il est nommé en 1809 Chevalier d’Empire et reçoit le titre de Baron de Lavenant, Baron de Toukerb (Lettres Patentes du 28 janvier 1809 et majorat du 6 octobre 1810). En 1831 il est nommé Officier de la Légion d'Honneur.

Pourtant, ses origines modestes ne le destinaient pas à une carrière militaire aussi remarquable. Fils d'un marchand vinaigrier du Bas-Rhin, Louis Lavenant, et d'une Alsacienne, Maria Eva Jillingerin, Louis Ambroise voit le jour le 9 avril 1775 à Lauterbourg. Plus tard il ajoutera le particule « de » devant son nom.

En 1800, en pleine gloire militaire, Louis Ambroise épouse une hollandaise, fille et petite fille des bourgmestres de la ville de Delft, Johanna Pétronilla Teding van BERKHOUT. Sa dot permet à Louis Ambroise d'avoir ce que la carrière militaire ne lui a pas apporté : la fortune. Il prend donc sa retraite de l'armée, et se fait nommer par Monsieur, frère du Roi, le 16 mars 1816, Colonel chef de Légion des Gardes Nationales de l'arrondissement de Pontoise, ce qui explique sans doute sa venue dans notre ville et sa nomination comme maire 6 mois plus tard.

On peut s’interroger sur la dénomination « Baron de Toukerb » car il n'existe aucun lieu portant ce nom. En fait, de Lavenant avait pris, dès son mariage en 1809, le nom de son épouse « Teding van Berkhout » qu'il ajoute au sien, s'appelant « de Lavenant de Berkout ». A l'instar de Voltaire, il fait de ce dernier nom une anagramme, Berkout devenant Toukerb.

Ce petit jeu jeta le trouble, personne n’ayant entendu parler, jusque là, d’un quelconque « Toukerb ». Cela donna lieu à quelques erreurs de transcription : d’abord déformé en « Touberg », il finit comme « chevalier de Fonherb » (Revue d’histoire Moderne et Contemporaine de 1889) et c’est sous cette appellation que de Lavenant se retrouve jusqu’à nos jours dans la très sérieuse « Liste des Membres de la Noblesse Impériale » de 1893, jamais corrigée depuis.

Suite au décès de Pierre-Louis Ollivier Descloseaux, le Baron de Lavenant est nommé maire d’Eaubonne en remplacement le 6 septembre 1816, fonction qu'il exerce pendant 5 ans.

Il use de son influence pour obtenir un poste de commissaire de police à Dreux, en 1809, à son beau-frère Charles Étienne Delescluze, jusqu'alors simple agent télégraphiste à Dreux. Plus tard, cette même influence permet à Charles Étienne d'obtenir un poste aux Invalides à Paris. Mais ses neveux lui posent quelques problèmes : Louis-Charles Delescluze, est un personnage politique importante du XIXe siècle et un des leaders de la Commune de Paris (mort sur les barricades en 1871). Son frère Louis-Henri Delescluze, révolutionnaire français emprisonné à Belle-Île sous le Second Empire qui s'exile en 1854 aux États-Unis où il devient un des leaders du mouvement social francophone. Les deux neveux font appel à la générosité de Louis-Ambroise, surtout Louis-Henri qui doit abandonner son épouse et sa fille lors de son enfermement à Belle-Île. Mais le Baron de Lavenant prend ses distances avec les Delescluze, craignant d’entacher sa réputation au moment de la révolution de 1848.
En plus de la Légion d'Honneur, où il est promu Officier le 19 octobre 1831, Louis-Ambroise reçoit deux autre décorations d'importance : Officier Dignitaire de l'Ordre Hospitalier et Militaire du St Sépulcre de Jérusalem, décoré de l'Ordre de la Croix de Juillet et de la Médaille de Sainte-Hélène.

Parmi les faits d’armes servant à justifier ces promotions, ses États de Service de son dossier d’admission à la Légion d’Honneur détaille celui-ci : « S’est distingué en Italie à Pavour, devant Varonne [Varone, sous Trente] en enlevant de vive force à la tête d’une vingtaine de chasseurs ce village défendu par une compagnie d’infanterie et une de hussards, prit 80 hommes et 70 chevaux ; ayant été renversé dans le choc il fut assailli par deux hussards démontés comme lui, il sabra l’un et blessa l’autre dangereusement. »

Son épouse meurt à Eaubonne le 8 avril 1816, après avoir donné naissance à un fils, Wilhem Henri Louis. Après 1821 Louis-Ambroise quitte Eaubonne, d'abord pour Maffliers (en 1823), puis pour rejoindre Paris. Wilhem deviendra Baron de Lavenant à son tour, après le décès à Paris de Louis-Ambroise survenu le 20 juillet 1864. Wilhem et son épouse Camille Vieyra-Molina auront quatre enfants. Le couple passe une partie de sa vie en Angleterre où Wilhem fait faillite en 1872. Une partie de sa famille est restée en Angleterre (à Lambeth, Peckham au sud de la Thamise à Londres) où résident encore de nos jours certains de ses descendants.
Louis Ambroise est enterré au cimetière du Père-Lachaise dans le caveau familial (25ème Division) avec son épouse et 5 autres membres de sa famille.

- Paul MORSE, juin 2017

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