Énigme n° 4 – La Casanova d’Eaubonne

Quel rapport entre la nièce de Giacomo Casanova, célèbre rescapé des geôles de Venise, et un maire d’Eaubonne en 1855 – 1857 ?

Réponse courte : Adèle CASANOVA est la nièce de Giacomo Casanova, celui qui s’est échappé des geôles de Venise. Les péripéties de la vie l’amènent, elle, sa fille et son gendre, à vivre à Eaubonne, dans l’actuelle rue du Dr Peyrot. Son voisin d’à côté est Jean-Raymond PLASSAN, imprimeur et maire d’Eaubonne. Elle est veuve depuis 1832. Selon le recensement de 1851 elle n’est pas dans la maison de sa fille, mais 5 ans après, le recensement la trouve vivant avec Plassan, dans la maison d’à côté.

Réponse détaillée : Giacomo CASANOVA (Venise 1725 – Château de Dux 1798) avait un frère cadet Francesco Giuseppe, né en 1727 à Londres. Si le parcours de l’aîné est bien connu et documenté (« Histoire de ma Vie »...), peu de gens savent que le frère était, au début, encore plus connu.
En effet, peintre de talent, formé par Guardi, Francesco se spécialise dans les scènes de batailles et sa réputation fait de lui un peintre très demandé dans les grandes cours d’Europe, notamment auprès du Prince de Condé ou de Catherine II de Russie. Sa réputation est telle que Giacomo, lorsqu’il se présente dans un salon, se définit tout d’abord comme « le frère du célébrissime peintre »
Francesco gagne bien sa vie, mais il est très dépensier. Si bien qu’il meurt dans la pauvreté. Ses rapports avec les femmes sont ambigus, ses mariages se terminent en échec. Voici son autoportrait :
En juin 1762, âgé de 35 ans, il se marie à Londres avec une actrice de second plan, Jeanne-Marie Jolivet, plus connue sous son nom de scène « Mademoiselle d’Alancourt » Ce sont les amis de celle-ci qui lui permettent d’augmenter sa clientèle. Le couple s’installe Carré de la Porte Saint-Denis à Paris, mais Marie-Jeanne meurt en 1773.


à gauche Francesco Casanova, à droite son frère Giacomo

Francesco se tourne alors vers une jeune femme Belge, Jeanne Catherine Delachaux1, quasiment la moitié de son âge, qu’il épouse à Paris en 1775. Jeanne entretient déjà une relation avec le prince de Montbarrey, Alexandre de Saint-Mauris, qui est vraisemblablement le père de ses deux premiers enfants : Alexandre Benoît Dufay et Alexandre Achille Dufay. Francesco les adopte et se présente comme leur père, accolant son nom à Dufay. L’aîné, notamment, étudiera avec David et deviendra peintre à son tour.


Jeanne Catherine donne naissance ensuite à Adèle Catherine CASANOVA le 28 octobre 1788 dans le quartier du Carrousel à Paris. Certains historiens laissent entendre que le prince de Montbarrey pourrait aussi être le père d’Adèle, par contre l’état-civil enregistre la paternité de Francesco. Il semble que le couple n’a pas vraiment vécu ensemble : ce second mariage fut aussi désastreux que le premier et Francesco quitta le domicile conjugal, avec l’aide de son frère Giacomo. Jeanne Catherine élève seule Adèle dans sa maison, 4 rue de Bouloi dans le premier Arrondissement.

Le 1er septembre 1808, alors qu’elle a 19 ans, nous retrouvons Adèle en l’église Saint-Eustache de Paris, où elle épouse Étienne Charles GASTELLIER, chef de bureau à la Banque de France. Ils s’installent 16 cours des Petits-Écuries dans le 10ème Arrondissement. Leur fille, Alexandrine, y naît en 1817. Adulte, elle deviendra peintre, tradition familiale oblige, et se mariera avec un inspecteur du Crédit Foncier, Fortuné DOMARADSKY, en 1839.

La famille Domaradsky, outre leur domicile parisien, possède une propriété à Eaubonne, rue du Dr Peyrot (appelée route de Montlignon à l’époque) où ils passent l’été tous ensemble : Adèle, désormais veuve, qui vit avec sa fille et son mari, Alexandrine et Fortuné, et ses petits-enfants : Adèle-Marie et Stanislas.

Le recensement de 1851 mentionne sa fille et son rentier de gendre à Eaubonne. Ils ont comme voisin Raymond-Joseph PLASSAN qui entame son deuxième mandat de maire de notre ville, vivant seul avec une domestique.

Mais cinq ans après, lors du dénombrement de la population de 1856, nous retrouvons Adèle vivant en concubinage avec Plassan dans la maison à côté2. Quelle était la nature exacte de leur relation ?

Adèle meurt à Eaubonne l'année d'après (le 16 avril 1857), suivi quatre ans après (le 16 octobre 1861) par Raymond-Joseph qui décède dans son domicile parisien. Sur l’acte de décès d’Adèle dans l’Etat-Civil d’Eaubonne, Plassan et son gendre Fortuné Domaradsky sont cités comme témoins.

Joseph-Raymond PLASSAN, maire de 1842 à 1848, puis de nouveau de 1852 à 1860

Libraire et imprimeur bien connu sur la place de Paris, Raymond-Joseph Plassan voit le jour le 25 janvier 1783 à Paris dans le quartier Saint-André des Arts où son père, Pierre, exerçait également le métier d'imprimeur et libraire. Son père, fils d'un modeste tonnelier de Bordeaux, a eu la bonne idée de faire un apprentissage en 1775 chez Antoine-Claude Saugrain, imprimeur et libraire parisien, dernier en date d'une longue tradition familiale de libraires de père en fils. Pierre Plassan a également la bonne idée de prendre comme épouse la fille aînée d'Antoine-Claude Saugrain. Ce couple, marié en 1779, a cinq enfants, dont notre futur maire sera le deuxième.
Après avoir servi dans la marine (aspirant 2ème classe de 1801 à 1808), où il aurait reçu une blessure accidentelle le rendant inapte au service, il reçoit la Médaille de Sainte-Hélène. Il est également nommé Chevalier de la Légion d'Honneur.
Raymond-Joseph est breveté imprimeur le 1er avril 1811 et libraire le 16 septembre 1828. Il partage son temps entre son domicile parisien (50, rue La Fayette dans le 10ème) et sa maison à Eaubonne, rue de Montlignon (dans la partie devenue rue du Dr Peyrot, à l'emplacement de l'actuelle résidence Antin). On ne lui connaît pas d'épouse ni de postérité.

Il est désigné maire d’Eaubonne par le Préfet de Seine-et-Oise en 1842 pour 6 ans. Après trois courts mandats intermédiaires : Charles Pouthier (1848-1850), Charles Tréon (1850-1851) et Pierre-Marie Rolin (1851-1852), il est cette fois élu maire par le Conseil Municipal pour un deuxième mandat de 8 ans.

- Paul MORSE, juillet 2017

N.B. Cette famille Casanova n’a pas de lien avec Danièle Casanova, résistante française morte en déportation en 1943, et dont une rue du quartier de l’Alliance à Eaubonne porte le nom.


1 ou De Lachaud dans l’état-civil d’Eaubonne
2 Je remercie Christian Soyer de Margency de m’avoir signalé ce fait intriguant.

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