Énigme n° 6 – Le poète déclare sa flamme

La fille du couple précédant (Claude et Carolyn Berton), Dora BERTON, née à Eaubonne en 1908, se retrouve à New York dans les années 1930 où elle rencontre le poète américain Orrick Johns. Celui-ci deviendra son deuxième mari. Dans quelles circonstances étranges fera-t-elle sa connaissance ?


Réponse courte : Travaillant comme secrétaire à New York pour la WPA (Works Progress Administration), elle rencontre Orrick Johns, poète et membre du Parti Communiste américain, lors d’une réception que donne celui-ci. Un écrivain mécontent ayant essayer de le brûler vif, elle le sauve des flammes, et 6 mois après devient sa femme !


Réponse détaillée : Dora Geneviève Mathilde BERTON naît à Eaubonne le 6 juin 19081, fille de l’homme de lettres Claude Pierre BERTON et de son épouse américaine Carolyn Hamilton PHIPPS, originaire de Cincinnati dans l’Ohio.

Nous avons vu dans l’énigme précédente comment les frasques de ce couple ont défrayé la chronique locale au début du XXe siècle dans ce qui était encore un village paisible (voir l’Énigme N° 5). Ayant obtenu le divorce, Carolyn décide de rentrer aux États-Unis en 1914 à la veille de la Première Guerre mondiale, après une quinzaine d’années passées en France. Elle est aidée en cela par sa mère qui vient la chercher, elle et sa fille. Elle laisse par contre son fils aîné, Jacques Daniel BERTON, âgé de 10 ans en 1914, en France auprès de son ex-mari.


La mère, la fille et la petite-fille débarquent à New York le 13 septembre 1914, ayant voyagé sur le navire « France » au départ du Havre. Sur la liste des passagers, Dora porte le nom de sa mère, c’est-à-dire PHIPPS. Par la suite, de 1920 à 1925, nous retrouvons la mère et la fille toujours à New York dans le Manhattan.


A une date inconnue, et épouse un Monsieur JORDAN, sans doute vers 1930. Elle devient la secrétaire d’une administration américaine basée à New York, la « Works Progress Administration » ou WPA.


Celle-ci fut créée en 1935 par l’administration Roosevelt, pour fournir du travail aux chômeurs et relancer l’économie après le « Crash » de Wall Street en 1929. La WPA a connu plusieurs activités, employant au total plus de trois millions d’américains : construction de routes et d’infrastructures publiques (par ex. le Golden Gate Bridge de San Francisco), interventions auprès des enfants pauvres, rénovation de milliers d’écoles, etc. Une branche de la WPA s’occupa de fournir du travail à des artistes et écrivains. Face aux critiques qui y voyaient un repaire de gauchistes contestataires, le WPA fut démantelée en 1939.

Dora travaillait pour la branche appelée Federal Writers’ Project qui employait quelque 6 mille écrivains ou aspirants écrivains, plusieurs centaines dans chaque État. Parmi eux, le bureau de l’État de New York employait le poète américain Orrick JOHNS, chargé de donner du travail à ses confrères. Ayant à choisir entre eux, il provoqua le mécontentement de ceux qu’il n’avait pas retenu, résultant en une grève des contributeurs.


Un soir de 1937, Dora organisa une fête pour les écrivains de la section new-yorkaise. Un des invités, un docker aspirant écrivain, se jeta sur Orrick, l’assomma puis tenta d’étouffer. Dora qui lui vint en aide. Puis l’assaillant versa un litre de whisky sur JOHNS et craqua une allumette. Johns, déjà handicapé par la perte d’une jambe lors d’un accident de jeunesse (un tramway lui roula dessus), n’a pu que faiblement se défendre. C’est Dora qui eut la présence d’esprit d’éteindre les flammes avec une couverture, lui sauvant ainsi la vie.2

Originaire de Saint-Louis dans le Missouri, fils d’un journaliste et propriétaire d’un journal local, Orrick se fait une réputation de poète et de dramaturge dans les années 1912 – 1930. Sa pièce de théâtre « A Charming Conscience» de 1923 fut un succès, et lui fournit les moyens de vivre et de travailler en Europe. En même temps il rejoint le Parti Communiste américain, et contribua souvent à son quotidien « The Daily Worker » (le Quotidien du Travailleur), et fut également le rédacteur en chef des « New Masses »
Orrick JOHNS commença à courtiser Dora, elle qui venait de perdre son premier mari à cause d’une tuberculose au début de l’année. Le couple se maria en juillet 1937 et emménagea dans le Connecticut, dans le village de Danbury où Orrick continua sa carrière d’écrivain et de poète. Dora fut sa quatrième épouse.

Mais le 8 juillet 1946 il se suicida par empoisonnement, laissant Dora et leur fille d’à peine trois ans : Deborah Berton Johns.


Deborah Berton Johns à la fin de sa vie, aux Etats-Unis:


A partir de ce tragique événement, nous ne savons pas ce qu’advint Dora, à part un troisième mariage avec un certain Auguste Stern. Sa fille, Deborah, s’est mariée à Washington en 1967 avec Clyde Thomas IRWIN. Elle décède le 6 janvier 2011 à Fort Worth dans le Texas. Les 4 enfants de ce couple sont toujours dans cette région.

- Paul MORSE, juin 2017


1 état-civil d’Eaubonne, naissance n° 49 en 1908
2 selon le récit familiale rédigé par Clyde Irwin et transmis aux petits-enfants de Dora.

© 2017  Toute reproduction, même partielle, interdite sans l'autorisation du ou/des auteur(s)