Aux alentours du Petit-Château

1. Le Petit-Château



Construit vers 1776 par l'architecte Claude-Nicolas Ledoux, à la demande de Joseph-Florent Le Normand de Mézières, alors seigneur d'Eaubonne et possesseur des fiefs de Bussy et de la Cour-Charles, qu'il a acquis en 1762. Quand Joseph-Florent décède en 1794, le Petit-Château est acheté par Jacques Vaugon, homme de confiance du poète Saint-Lambert, qui le revend en 1809 à Louis-Jérôme Gohier, ancien président du Directoire. À sa mort en 1830, sa fille Louise hérite du bâtiment et de son parc de 5 hectares environ, avec son époux Antoine-Eugène Merlin, général et comte d’Empire.

À la mort du comte en 1854, ses sœurs revendent la propriété à Denis-Charles Tarbé des Sablons, dont l'épouse, Louise-Pauline Andryane de la Chapelle, n’est autre que la nièce d’Antoine Merlin. Le Petit-Château reste dans la famille Tarbé des Sablons. Suite au décès de Denis, il est habité par sa veuve et son fils Edmond-Joseph, fondateur du journal Le Gaulois et maire d'Eaubonne de 1865 à 1871. Les Tarbé des Sablons agrandissent le parc vers la rue des Robinettes, doublant ainsi sa surface.

En 1888, Edmond-Joseph vend le château et le parc à Arthur Langlois, fils d'un instituteur de la Meuse, qui y installe dès l'année suivante, en association avec le pédagogue d'origine allemande Otto Baetge, futur maire-adjoint d’Eaubonne, les 50 pensionnaires de l'Institution des Enfants Arriérés, aussi appelée Institution Langlois. Pour les loger, ils font construire ce qui est aujourd'hui l'école Jean-Macé et le pavillon Ledoux de l’actuelle Maison des Associations. Employant plus de 50 personnes, cette institution de renommée nationale fonctionnera dans ces locaux jusqu'en 1926.

En 1926, le château et son parc sont acquis par la société Bernheim Frères, qui procède au lotissement du parc et trace de nouvelles voies. Le Petit-Château passe entre les mains de plusieurs propriétaires, et est loué à l'école privée Saint-André, qui néglige de l'entretenir. Quasiment en ruine au début des années 1960, il est question, dans un premier temps, de le démolir entièrement. Mais le fronton est finalement classé Monument Historique en 1963 et le reste du château est détruit.
Le bâtiment est acquis en 1965 par la Sécurité Sociale, qui construit l’actuel bâtiment pour y installer des bureaux. Lorsque cette administration quitte les locaux en 2005, la ville d'Eaubonne rachète le Petit-Château, qui deviendra la nouvelle Maison des Associations en novembre 2014.


2. La « Villa Huyot » et le Chalet de l'artiste (18 et 18 bis rue George-V)



Jules Huyot, artiste graveur sur bois très connu, comme son père, dans l'imprimerie et les milieux artistiques, se marie en 1868 avec une fille d'Eaubonne, Marie Labolle. Ensemble, ils achètent deux pavillons dans la rue d'Ermont (qui deviendra rue George V), qu'ils réaménagent en une seule maison, entourée d'un jardin de plus de 1 000 mètres carrés, qui sera appelée Villa Huyot (encore visible, presque inchangée, au 18 bis de la rue). Bien que résidant essentiellement à Paris, Jules s'investit dans la vie locale en tant que conseiller municipal et maire d'Eaubonne (1898-1904, puis 1905-1908, en tout 31 ans de mandat). Il a quatre enfants, tous nés à Eaubonne, deux d'un premier mariage et deux d'un deuxième lit.

Pour son fils ainé, Albert (né en 1872), il construit dans l'angle de sa propriété un atelier vers 1895, qui sera connu jusqu’à nos jours sous le nom de Chalet d’un artiste.


Albert passe le concours de l’École des Beaux-Arts, puis entre dans l’Atelier de Gustave Moreau, où il côtoie Georges Rouault, Albert Marquet, et Henri Matisse. Mais il n'en profite guère : il préfère voyager ou travailler avec Matisse, à Collioure. À la fin de la Grande Guerre, il se tourne vers le cubisme, dans la mouvance d’artistes comme Le Fauconnier, Gleizes ou Metzinger. L’originalité de son œuvre réside dans son attrait pour les compositions aux thèmes musicaux, qui reflètent son goût de mélomane.

C'est alors que l’atelier est occupé par l'époux de la deuxième fille de Jules, dont le mari, Pierre Petit, est le fils du célèbre photographe Pierre Lanith Petit, auteur de plusieurs milliers de portraits de personnalités françaises. Lui-même photographe, il « couvre » les inondations de Paris en 1910. Après la mort de Jules en 1921, la propriété est vendue par adjudication en 1922. Le Chalet d’un artiste sert encore aujourd'hui d’atelier à un peintre Eaubonnais de renommée internationale.


3. Le « Pavillon Italien » (angle des rues George V et des Jardins)



Ce bâtiment est très vraisemblablement construit par Le Normand de Mézières en même temps que son Château neuf (aujourd'hui disparu), à l'angle de la rue des Jardins et la rue Joseph-Bethenod, vers 1750. S’agissant à l'origine d’un pavillon à toit plat de deux étages, il reprend très exactement le plan intérieur et les dimensions d'un des douze pavillons d'entrée du château de Marly, construits par Le Brun. Sans doute Le Normand de Mézières voulait-il faire de son château Eaubonnais un « nouveau Versailles » ? Entre le Pavillon italien et la Villa Huyot, se situait la grille d'entrée de la cour du château, dont le niveau du sol était ramené à celui du Château neuf, ce qui explique l’étrange creux de cet endroit.

Ce pavillon est acheté par Denis Tarbé des Sablons, qui vient s'y reposer de ses blessures contractées en 1848. C'est sans doute lui qui a fait construire l'étage supérieur et le toit en pente, et qui a donné à cette maison l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui.


4. Le Manoir de la Cerisaie 

Quand le Château neuf de Le Normand de Mézières tombe en ruine après son décès en 1794, il est démoli et les pierres sont réutilisées pour construire un nouveau manoir dans le même alignement mais 10 mètres plus à l'est.

Cette maison, entourée de son Parc Neuf, devient la propriété de Jules Huyot, puis du Dr. Jean-Joseph Peyrot. Après la mort de ce dernier, ses héritiers vendent la propriété à la Société Sportive du Printemps, qui en fait un terrain de jeux pour ses employés. Puis l'ensemble est acquis en 1952 par la Société Française de Radio-électricité (dont le président est Joseph Bethenod), pour être loti en 84 parcelles à destination de ses employés, regroupés en société d'auto-constructeurs dite « des Castors ».


5. Les Pavillons de garde et le Château du Bon Accueil (rue du Dr. Peyrot)

Ces deux pavillons, sans doute l’œuvre de Ledoux, sont construits en même temps que le Château neuf de Le Normand de Mézières, dans le cadre des aménagements que ce seigneur opère dans cette partie d'Eaubonne (création d'une place publique, réalignement du chemin d'Ermont, création d'un ensemble de maisons homogènes et alignées dans l'avenue de l'Europe d'aujourd'hui). Il est probable que ces pavillons terminaient cette avenue et soulignaient l'entrée du nouveau château.

Le Château du Bon Accueil est construit entre les deux pavillons par Pierre-Louis Ollivier Descloseaux (décédé en 1816, maire depuis trois mois, propriétaire du château de la Cour Charles, qui deviendra l’Hôtel de Mézières), puis est racheté vers 1850 par Henry Davillier, régent de la Banque de France. En 1890, il est acquis par Arthur Langlois, et une partie du personnel de l’Institution Langlois y réside jusqu'en 1926. Ensuite transformé en appartements, le bâtiment se dégrade au fil des années. Il est racheté en 2008 par la Ville, qui le reconstruit (à peu près) à l'identique pour servir de logements sociaux.


Pour en savoir plus sur ces monuments, vous pouvez consulter le site du Cercle Historique d'Eaubonne : http://www.eaubonne-historique.fr
Pour lire les notices détaillées sur les personnages ayant habité ce quartier :
- les familles LANGLOIS, de CHABERT-OSTLAND et d'Otto BAETGE,
- la famille d'artistes HUYOT,
- le Docteur PEYROT,
- La famille de Louis MASSON, etc.,
consultez le site de l'Association La Cerisaie d'Eaubonne :
http://www.cerisaie-eaubonne.fr/notre-histoire/themathique/116-personnages-illustres.html