L’Hôtel de Mézières et ses dépendances

L’Hôtel de Mézières



L’ancienne seigneurie d’Eaubonne, dite de la Cour Charles, occupait un vaste espace : 100 arpents carrés selon l’aveu de 1759, soit environ 50 hectares sur les 440 hectares du terroir d’Eaubonne. Elle était délimitée par la rue de Limoge (actuelle avenue de l’Europe), le chemin des Franchises et le chemin d’Eaubonne à Saint-Gratien. L’ancien hôtel seigneurial est décrit en 1759 de la façon suivante : « Un grand corps d’hôtel, deux pavillons au bout, deux ailes de bâtiments terminés par deux autres pavillons, à l’un desquels est une chapelle ».

Le 13 janvier 1762, Joseph Florent Le Normand de Mézières (1719-1793), commissaire des guerres, achète à Pierre Antoine Couët la seigneurie d’Eaubonne, qu’il réunit au fief de Bussy, dont sa famille est propriétaire depuis 1681. Le nouveau seigneur confie en 1766-67 à Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), jeune architecte encore peu connu à ce moment-là, un ambitieux programme d’urbanisme qui modifie en profondeur la physionomie du village. Il édifie notamment un ensemble immobilier de part et d’autre de la rue de Limoge (légèrement modifiée pour la circonstance), qui subsiste en grande partie aujourd’hui (dont les maisons des nos 8, 10 et 12 de l’avenue de l’Europe).

Le vieil hôtel seigneurial et ses dépendances (chapelle, colombier, etc) sont démolis à une date inconnue et Le Normand de Mézières fait construire à leur place, par l’architecte Ledoux, entre 1790 et 1793, l’édifice actuel, qui reprendra jusqu’en 1913 le nom de Château de la Cour-Charles. L’inventaire après décès des biens de l’ancien seigneur d’Eaubonne le désigne sous le nom de « bâtiment neuf ». Il semble inhabité, comme s’il n’avait jamais servi de résidence à son propriétaire, mort le 4 mai 1793 : « Le Bâtiment neuf est sans mobilier, ni tapissé, car à peine achevé lors du décès de Joseph Florent ».

En 1802, un des fils de Joseph-Florent, Ange Le Normand de Mézières, héritier de la famille, revend le domaine à l’avocat Pierre Ollivier-Descloseaux (1732-1816). Ce dernier, connu pour avoir sauvé les dépouilles de Louis XVI (1754-1793) et de Marie Antoinette (1755-1793), est nommé maire d’Eaubonne en 1815, au retour de Louis XVIII (1755-1824).

Les propriétaires successifs sont les suivants :
- 1816. La fille de Pierre-Louis Ollivier-Descloseaux, Dominique d’Anjou (ou Danjou).
- 1828. La fille de Dominique d’Anjou, Marie Emmanuelle Céline, épouse de Claude François Joumard-Tison, comte d’Argence, ancien maire (de 1821 à 1824).
- 1836. Jean-Baptiste Roslin, baron d’Ivry
- 1842. Bénédict Allegri, banquier (1790-après 1880), qui sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1880, veuf de Dina Lippmann.
- 1879. Auguste Lippmann, ancien banquier (sans doute beau-frère de Bénédict Allegri)

Le 30 novembre et le 1er décembre 1880, le banquier Charles Frédéric Georges Goguel (1831-1901), régent de la Banque de France et qui deviendra, lui aussi, maire d'Eaubonne entre 1886 et 1896, échange ce que l’on appelera plus tard le château du Bon accueil (dans l’actuelle rue du Dr. Peyrot) contre le château de la Cour-Charles. Il sera, avec son épouse, née Hortense Calame (1852-1912), le dernier propriétaire privé de ce « château » et de son magnifique parc, connu comme le Parc Goguel. Sa veuve (Charles Goguel étant mort en 1901) vend la propriété en 1912 à la société immobilière Bernheim Frères, qui lotit le parc l’année suivante pour le transformer en quartier pavillonnaire.

Charles Marret (1864-1932), maire d’Eaubonne depuis 1908 et qui dispose d’une fortune importante en tant que courtier-juré en assurances, se porte alors acquéreur des parcelles comprenant le château et ses dépendances immédiates, y compris l’Orangerie et les bâtiments construits par Ledoux le long de la rue principale, dont fait partie l’actuelle Galerie de Mézières. Il rétrocède aussitôt cet ensemble à la commune et le « château Goguel », rebaptisé Hôtel de Mézières, devient la mairie en janvier 1913, jusqu’au transfert des services administratifs dans l’immeuble actuel, inauguré en 1976. Cette même année, les façades, la toiture et le décor intérieur du vestibule d’entrée de cette demeure sont classés au titre des Monuments historiques. Après avoir accueilli en 1965 la bibliothèque municipale (dans une pièce de 20 m2) jusqu’à son transfert en 1970 dans l’ancien collège Jules Ferry (qui devient Médiathèque Maurice Genevoix en 1993), le bâtiment est aujourd’hui le siège social de l’Institut International Charles Perrault, au premier étage, et accueille des expositions temporaires au rez-de-chaussée.
Les fresques internes et externes

Lors de l'aménagement de son dernier Hôtel particulier à Paris, Le Normand de Mézières fait décorer son bureau par des bas-reliefs de scènes d'enfants réalisés par Le Comte (qui a réalisé ceux du péristyle du Pavillon de Musique de Louveciennes). Lorsqu'il a fait exécuter le dernier château d'Eaubonne, il est probable qu'il a probablement fait appel au même sculpteur pour les scènes des quatre saisons qui ornent, à l'extérieur, les dessous de fenêtre du premier étage, et à l'intérieur, le vestibule.

Les dépendances de l’ancien parc de la Cour Charles

L’Orangerie

Cette orangerie, construite en 1890 par Charles Goguel dans l’ancienne propriété de la Cour-Charles, appelée à cette époque Parc Goguel (ouvert au public), est aujourd’hui une salle de réunion pour les associations après avoir longtemps servi de salle des fêtes à partir de 1913 (elle est équipée d’une scène).

Le pigeonnier (« chalet des boulistes »)

Ce petit édifice à deux niveaux est de belle facture. Construit en brique avec des parements de bois, dans le style néo-normand à la mode au XIXe siècle, il est affecté par la Ville à la section des boulistes du CSME, dont le terrain de pétanque est limitrophe.

La galerie de Mézières et l’ancien restaurant asiatique

Ces deux pavillons jumeaux qui encadrent l’entrée de l’ancien parc Goguel, devenu parc de l’Hôtel de Mézières, ont été construits, en pierre de Paris, pour encadrer la grille du dernier château de Le Normand de Mézières. Lors de sa vente en 1796, le « Bâtiment neuf » est décrit comme « ayant entrée par une grille donnant sur la principale rue d'Eaubonne, à droite de laquelle est un pavillon comporté de deux pièces au rez-de-chaussée, chambres au-dessus et à gauche un autre pavillon semblable au premier ». Propriétés de la ville, l’un abrite des expositions artistiques temporaires et l’autre est en attente de réhabilitation et d’affectation après avoir été un restaurant asiatique.
Les autres bâtiments de l’avenue de l’Europe
Les deux maisons (R + 1) des nos 10 et 12 et celle (R + 2) du no 8 sont les seules qui restent en l’état depuis leur édification vers 1767 par l’architecte Ledoux, sur le côté pair de cette avenue. Propriétés de la Ville, elles accueillent provisoirement des associations Eaubonnaises, en attendant la rénovation et la réaffectation des bâtiments.