Le château du Val Joli

Un grand nombre de demeures construites dans la deuxième moitié du XIXe siècle ont utilisé la brique comme matériau de base. C’est le cas à Eaubonne de deux « châteaux », édifiés dans un vaste parc par des bourgeois parisiens aisés : le château Mirabaud (devenu Mirabeau, par glissement sémantique) et le château du Val Joli.

Le château du Val Joli est construit à la fin du XIXe siècle, dans un parc de cinq hectares, par Charles Marret, riche courtier-juré en assurances près la Bourse de Paris.

Acquise en 1931, peu avant le décès de Charles Marret, par les promoteurs Bernheim Frères en vue d’un projet de lotissement qui n’aboutit pas, la propriété passe ensuite à la Société générale immobilière pour la France puis à la société Péchiney, qui y aménage un tennis, un terrain de sports et des locaux sociaux pour son personnel.

La Ville rachète l’ensemble en 2001 dans des conditions mouvementées : la société Pechiney souhaite vendre la propriété en 1999/2000. Ce vaste domaine aiguise l’appétit de promoteurs. La Ville d’Eaubonne souhaite acquérir ce bel espace vert en plein centre ville pour en faire un parc public. Mais la note à payer est lourde et la commune propose à la toute nouvelle communauté d’agglomération Val-et-Forêt (créée en 20001) de l’acheter pour accueillir les cinq à six mille enfants du secteur. Mais la CAVF jette l’éponge en octobre 2001 et la nouvelle municipalité d’Eaubonne, élue en mars, décide d’exercer son droit de préemption pour éviter que la propriété fasse l’objet d’un projet immobilier préjudiciable. Le château et le parc sont acquis pour un montant de 1,37 millions d’euros. La Ville y ouvre en 2005 un Centre de loisirs maternel.

Le château est aujourd’hui loué pour des réceptions familiales (mariages, anniversaires...). La partie du terrain qui donne sur la route de Saint-Leu forme un beau parc planté d’arbres centenaires, qui accueille des manifestations associatives ou municipales. La partie située à l’avant du château fait actuellement l’objet d’un aménagement immobilier.

Un généreux mécène : Charles Marret 

L’histoire du premier propriétaire du château du Val Joli, Charles Marret, mérite d’être contée, car ce riche bourgeois parisien, issu d’une grande lignée de joaillers, a joué un rôle éminent dans la commune au début du XXe siècle.

Il ouvre volontiers son parc, avant la Grande Guerre, à tous les cortèges de la paroisse ou de la commune. Le 13 juillet au soir, notamment, la retraite aux flambeaux, musique en tête, gagne la propriété. Le jour de la Fête-Dieu (le dimanche qui suit l’octave de la Pentecôte), la procession se dirige de l'église Sainte-Marie jusqu'au Val Joli où se trouve le reposoir, en empruntant la route de Saint-Leu. Il en est de même pour les jours de communions solennelles et pour la Toussaint. Charles Marret est élu maire en 1908 et le restera jusqu’en 1925. En 1912, lors du lotissement de l’ancien domaine de la Cour-Charles (dit parc Goguel), il se porte acquéreur, pour 87 000 francs, des parcelles comprenant le château et ses dépendances immédiates, qu’il rétrocède aussitôt à la commune et le « Château Goguel », rebaptisé Hôtel de Mézières, devient la mairie en janvier 1913.

C’est Charles Marret qui a la lourde tâche de gérer la commune durant la guerre de 1914-1918. Il crée notamment une cantine qui fonctionnera durant toutes les hostilités, fournissant chaque jour des repas à de nombreux réfugiés et évacués. Sous son mandat, la salle des fêtes de l’Alliance est transformée en hôpital militaire.

Pour ses services rendus en tant qu’édile et pour ses activités professionnelles, Charles Marret est nommé chevalier dans l’ordre national de la Légion d’Honneur le 14 janvier 1922, sur proposition du ministre des Travaux publics, au titre de la Marine Marchande (le cabinet Marret est spécialisé dans les assurances de navires marchands). Son parrain est Léon Touchard, directeur du Petit Parisien et officier de la Légion d’Honneur, qui est à la fois père de son gendre (Léon A. Touchard junior a épousé sa fille Marcelle l’année précédente) et propriétaire du château de La Vallée, rue de Soisy à Eaubonne.

Biographie rapide

Marie Victor Charles Marret, naît le 21 décembre 1864 au 26 rue Vivienne à Paris 2ème, fils de Pierre Alfred Marret, joailler et de Jeanne, Marie, Philippine Pinatelle (sans profession). Licencié en droit, il s’inscrit comme avocat près la Cour d’appel de Paris en décembre 1890. Il épouse le 16 octobre 1893 Marguerite Louise Eugénie Mautin ‭(1872-1948‬), fille de Louis Albert Mautin, célèbre courtier d’assurances dont la charge a été créée en 1830 et dont il devient fondé de pouvoirs en 1894. Il prend la succession de son beau-père en 1901 en tant que courtier-juré près la Bourse de Paris. Il occupe à plusieurs reprises les fonctions d’adjoint et de syndic de la Compagnie des courtiers d’assurances, dont il deviendra le doyen.
Le couple a quatre enfants : Madeleine (Mme Joseph Homberg) ; Pierre, marié à Mlle Germaine Pereire ; Marcelle (Mme Léon A. Touchard) et Alice. La famille habite habituellement au 11 bis, rue Alphonse-de-Neuville à Paris. Charles Marret acquiert le très beau château de Theix, dans le Puy-de-Dôme, en pleines montagnes d’Auvergne. Il s’y adonne à l’agriculture, au point d’être nommé chevalier du Mérite Agricole.

Le pigeonnier

Cet abri hexagonal à double toit, du plus bel effet, fait partie des communs du château. Ses boulins accueillent encore de nombreux pigeons.

Le kiosque

Cette construction originale de type chinois a longtemps dominé la route de Saint-Leu et a malheureusement été détruite lors du lotissement de cette portion du parc du Val Joli.